Forex – Analyse : La crise de la dette européenne en 4 questions

(ProfesseurForex.com) – Alors que la crise de la dette européenne connait ces derniers mois une très nette accentuation, il convient de faire le point sur les tenants et les aboutissants de cette crise qui menace la zone euro et sa monnaie :

A quel genre de crise avons-nous affaire ?

La crise que nous vivons aujourd’hui est avant tout une crise politique, celle de la gouvernance économique Européenne. Lors de la création de l’Euro, un pacte de stabilité avait été mis en place afin de préserver une certaine homogénéité budgétaire et donc d’endettement, mais il n’y avait pas d’organe ayant la légitimité de contraindre les mauvais élèves à la discipline budgétaire.

Malheureusement, depuis 2004, les pays membres, avec l’Allemagne et la France en tête, se sont écartés de ce pacte qui les obligent normalement à contenir la dette en-dessous de 60 % du PIB et les déficit budgétaires en-dessous de 3 % du PIB, transformant ce déficit de gouvernance économique en crise de la dette.

En effet, dans ce contexte, et bénéficiant de taux artificiellement bas grâce à l’étiquette « Union monétaire », la grande majorité des pays de la zone euro se sont endettés sans vergogne pour préserver leurs systèmes sociaux.

La crise américaine des subprimes n’est bien sûr pas étrangère à cet état de fait et a forcé les États à s’endetter pour relancer la machine économiques à grands coups de relances keynésiennes, creusant dramatiquement les déficits Français et Allemands, et les comptes déjà bien déficitaires des pays « périphériques » après 2008.

Pourquoi la Zone Euro fait-elle face à la défiance des marchés ?

Comme nous l’avons dit plus haut, les marchés se sont rendus compte qu’il était anormal que la Grèce, par exemple, puisse s’endetter au même taux que l’Allemagne. En testant ces pays, les marchés se sont également rendus compte que la solidarité financière n’existait pas dans la Zone Euro, laissant le chemin libre à la spéculation contre tous les États trop endettés.

Les dégradations en cascade par les agences de notation ne sont en ce sens pas directement à l’origine du mal, mais accélèrent le processus de défiance des marchés par rapport à la capacité de la Zone Euro à rembourser toute sa dette.

Pourquoi les pays de la Zone Euro sont-ils si endettés ?

La création d’un Euro fort a été pénalisante pour de nombreux pays et notamment du sud de l’Europe qui ne s’en accommodent pas et dont les exportations ont souffert depuis une décennie.

Tous ces pays auraient dû faire les efforts nécessaires pour améliorer leur compétitivité par la baisse des coût unitaires de production (baisse des salaires, investissement dans l’outil de production) et réformer leurs systèmes sociaux ( Age de départ en retraite par exemple) mais ne l’ont pas fait, préférant vivre à crédit à la faveur de taux d’emprunt artificiellement bas.

L’Allemagne a su gagner en compétitivité et gagner des parts de marché à l’intérieur du marché commun Européen pendant que les autres pays n’ont cessé de voir leur exportations s’amoindrir et in fine, voir leurs balances commerciales devenir de plus en plus déficitaires, les obligeant à s’endetter avec des capitaux étrangers.

La BCE est-elle la dernière balle de l’Europe pour éviter un crash de l’Euro ?

La BCE peut être le pompier qui fera redescendre la température en faisant en sorte, par exemple, que le taux d’emprunt de l’Italie (7,5 %) ne dépasse pas 5 %. Mais il ne s’agirait là que d’une énième rustine qui ne traite pas les racines du problème.

La vraie solution est, dans un premier temps, de faire en sorte que chaque pays fasse le nécessaire pour équilibrer son budget afin de stopper la progression de l’endettement. Et dans ce sens, l’Allemagne a raison de vouloir modifier les traités afin de permettre un pilotage au niveau Européen des budgets nationaux.

Mais cela reste bien insuffisant car pour que les pays en difficulté puissent équilibrer leur budgets et arrêter de s’endetter, il faut que ces derniers créent de la croissance. Pour créer de la croissance, il faut être compétitif et essayer de gagner des parts de marché à l’étranger afin d’obtenir une balance commerciale excédentaire ou tout du moins réduire son déficit.

Ce scénario reste peu probable tant il reste à faire dans certains pays pour regagner cette compétitivité d’autant plus que la récession guette la Zone Euro tout entière en 2012…

L’Italie est un cas à part car cette dernière est tout de même attaquée par les marchés alors qu’elle bénéficie d’une industrie solide et compétitive.

Cette fois, c’est le niveau d’endettement qui est tout simplement trop haut, (120 % PIB soit 1900 milliards). L’Italie doit réduire ses dépenses et aménager son système social pour dégraisser la machine qui a souffert de 15 ans de frasques de Berlusconi.

En somme, les pays capables (comme l’Italie) doivent faire les efforts d’austérité requis et les pays beaucoup plus en difficulté comme la Grèce (endettement abyssal et fort déficit de compétitivité) devraient bénéficier d’une redistribution de la richesse créée dans la Zone Euro.

En effet, si nous considérons l’Europe comme un grand pays, il faut considérer ces pays malades comme les régions défavorisées de n’importe quel pays ( Italie du sud pour l’Italie, le centre pour la France …) et les aider à retrouver leur compétitivité en apportant notre soutien.

Car il est évident que l’Allemagne acceptera de faire marcher la planche à billet et mutualiser la dette au travers d’Euro-obligations si et seulement si chaque pays fait l’effort de voter des budgets équilibrés et s’engagent à retrouver une certaine compétitivité à même de renouer avec une croissance décente.

Les écart de taux que nous observons aujourd’hui doivent impérativement être gommés grâce à l’émission d’Euro-obligations car l’artifice qui permettait à la Grèce de s’endetter au même taux que l’Allemagne ne marchera plus.

Espérons que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel feront un pas dans cette direction après avoir obtenu la réforme des traités concernant les politiques budgétaires et peut être fiscales…

Copyright (c) 2011 ProfesseurForex.com. Tous droits réservés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


− 5 = trois

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>