Dossier/Analyse : L’avenir de la Grèce en 9 questions

(ProfesseurForex.com) – Depuis l’échec de la Grèce à former un gouvernement suite aux législatives du 6 mai dernier, le marché s’inquiétait de l’issue des législatives suivantes, qui ont débouché hier sur la victoire d’un parti pro-Euro, Nouvelle Démocratie. Or, si cette issue est une bonne nouvelle par rapport à l’autre option, l’extrême gauche anti-austérité de Syriza, les problèmes de la Grèce ne sont pas pour autant finis, loin de là.

Il convient donc de faire un point complet sur la situation, en répondant à 9 questions clé :

Que va-t-il se passer maintenant?

Le plus grand parti, Nouvelle Démocratie (ND) va mener des négociations sur la formation d’un gouvernement de coalition. Le point de départ sera probablement des négociations sur un «gouvernement d’unité nationale», qui tentera d’intégrer autant de partis que possible. Si ND échoue, le mandat devrait normalement passer sur le deuxième et troisième plus grands partis, SYRIZA et PASOK. Toutefois, SYRIZA a dit qu’il rejetterait le mandat, tandis que le PASOK a demandé a ce qu’il soit transmis directement au Président de la Grèce, Papoulias Karolos. ND devrait conduire les premières négociations, mais si les négociations échouent Papoulias prendra le relais à coup sûr. Étant donné le risque d’un effondrement de la zone euro, la plupart des dirigeants politiques en Grèce comprennent que ne pas former un gouvernement n’est pas une option. Une fois le gouvernement mis en place, les négociations avec les partenaires européens pourront commencer.

Est-ce qu’un gouvernement d’union nationale est probable ou même possible?

Nous ne le pensons pas. SYRIZA a déjà écarté l’idée de gouverner avec ND et a toujours rejeté les mesures d’austérité liées au programme de sauvetage de la Grèce. Tout au long de la campagne électorale, le leader de SYRIZA, Alexis Tsipras, a été très critique avec ND et la «vieille garde» du milieu politique grec – auquel il reproche la corruption et les problèmes économiques auquel la Grèce est aujourd’hui confrontée.

Le PASOK n’a-t-il pas exclu de rejoindre une coalition qui excluerait SYRIZA?

Il est vrai qu’hier, Evangelos Venizelos, le leader du PASOK a appelé à une coalition avec quatre partis minimum et a donc suggéré qu’il ne se rejoindrait pas une coalition qui ne comporterait pas SYRIZA. Cependant, nous pensons que cette posture est très politique. PASOK a vu sa part des vote érodée par SYRIZA et est donc désireux d’exploiter sa position de force en tant que faiseur de roi pour s’assurer de ne pas perdre plus d’avantage de soutien. Le parti a également peur d’être coincé dans une coalition avec ND uniquement où il serait alors accablé. Nous croyons que le PASOK serait prêt à joindre à une coalition tant qu’il ne se retrouve pas seul avec ND. Alternativement, le PASOK pourrait s’engager à ce que ses votes au parlement permettent au nouveau gouvernement d’adopter les mesures d’austérité demandées par l’UE. En fin de compte, le PASOK a soutenu l’adhésion de la Grèce à l’euro et le programme de sauvetage actuel et vu que Venizelos est conscient du cout que représenterait de nouvelles élections il pourrait faire des compromis . Assez ironiquement, il a déjà fait valoir que ce n’est pas le moment de faire des « jeux politiques » quand il s’agit de former un nouveau gouvernement.

A quoi le nouveau gouvernement pourrait-il ressembler et à quelle serait sa marge de manoeuvre?

Une coalition probable serait ND-PASOK-Gauche Démocratique. Cela donnerait une majorité assez forte avec 179 sièges au parlement. Toutefois, cette coalition serait face à une opposition forte, motivée et plus unie: SYRIZA. Ce gouvernement de coalition, bien que globalement pro-euro et acceptant le programme de sauvetage, serait encore marqué par des désaccords sur le niveau de «l’austérité» et la manière correcte de promouvoir la croissance économique (en fin de compte il s’agirait d’une coalition à l’idéologie mixte gauche/droite).

Une troisième élection est-elle possible?

Oui, même si cela semble l’option la moins probable pour l’instant. En fait, il y a un précédent dans l’histoire grecque récente – les Grecs ont déjà eu à voter trois fois en moins d’un an (Juin 1989, Novembre 1989, et Avril 1990) avant qu’un gouvernement stable puisse être formé. Tous les partis politiques savent qu’une troisième élection serait désormais la pire éventualité possible – car la Grèce serait à court de liquidités avant que le nouveau vote ait lieu, probablement vers la fin de l’année et les dirigeants de la zone euro semblent peu susceptibles de prêter à un trou noir (en termes de gouvernance). Par conséquent, un compromis est probable. Toutefois, si SYRIZA faisait bande à part, la nouvelle coalition serait inévitablement faible (comme indiqué ci-dessus), relançant la probabilité de nouvelles élections dans les 6 mois.

Qu’attendre d’une éventuelle renégociation du plan d’aide à la Grèce?

Les leaders de la Zone euro ont clairement annoncé avant les élections que si un gouvernement pro-Euro était mis en place, il serait possible de négocier un allègement des conditions du second plan d’aide à la Grèce. Ceci a semblé être confirmé le weekend dernier par le ministre délégué des finances allemand, qui a dit que l’Allemagne attend du prochain gouvernement grec qu’il honore ses engagements, ajoutant que le pays ne devait pas aller trop loin dans l’austérité. De son côté, le ministre des affaires étrangères Guido Westerwelle a déclaré qu’il ne pourrait y avoir de changements substanciels dans les conditions de l’aide, mais qu’il sera possible de discuter au niveau des délais.

La grande question est de savoir si les dirigeants de la Zone euro vont exiger la signature de Syriza, arrivé très proche des vainqueurs de Nouvelle Démocratie, ce qui est peu probable compte tenu de l’opposition affichée du parti à l’austérité. Quoi qu’il en soit, le soutien au plan d’aide d’une large coalition Nouvelle Démocratie et Pasok devrait suffire aux dirigeants européens.

Les ajustements à prévoir dans le cadre de l’aide à la Grèce concerneraient un abaissement du taux des prêts qui lui sont consentis, un allongement des délais de remboursement, ou encore des financements d ela part de la BEI.

Les problèmes de la Grèce seront-ils ensuite définitivement réglés?

La réponse est sans détour non. Même avec des ajustements au programme d’aide, il semble virtuellement impossible pour le pays d’atteindre les objectifs qui lui ont été fixés, notamment en matière de réduction des dépenses. Or, si les mesures d’austérité ne sont pas implémentées conformément aux demandes de l’UE, il subsistera une source de conflit, notamment avec l’Allemagne qui maintient une position dure à l’égard d’Athènes, dans un contexte où la présence des inspecteurs de la Troika sur le sol grec permet de surveiller de près l’action du gouvernement… Le futur de la Grèce au sein de la Zone euro semble donc toujours incertain. Au sujet de l’Euro, on notera que même si un accord convenable est trouvé avec la Grèce, et qu’elle respecte ses engagements, l’attention du marché devrait rapidement se tourner vers l’Espagne, ce qui devrait également peser sur la devise.

Quelles sont les chances d’un troisième plan d’aide à la Grèce?

D’un point de vue politique, mettre en place un troisième plan d’aide à la Grèce relèverait presque de l’impossible, une telle idée étant susceptible de rencontrer de très fortes oppositions de la part de l’Allemagne, de la Finlande et des Pays-Bas notamment. Du point de vue de la Grèce, il est difficile d’imaginer la signature de nouvelles mesures d’austérité (qui serait immanquablement associées à cet hypothétique 3ème aide), même avec des partis pro Euro au pouvoir. Au mieux, une rallonge pourrait être accordée au pays si des progrès sont effectués du côté du projet d’Union bancaire européenne, mais il est peu probable que ceci intervienne rapidement.

Pourquoi la Grèce ne se contente pas de sortir de la Zone euro et d’essayer d’avancer?

Il y a des avantages économiques clair pour la Grèce en cas de sortie de la Zone euro, mais le risque que comporte un tel scénario effacerait ces bénéfices à court terme. On peut estimer que si la Grèce sort dès maintenant de l’Euro, ses besoins resteraient compris entre 67 et 259 milliards d’euros en terme d’aide extérieure à court terme, qui pourrait être fournie par le FMI, la Zone euro, et d’autres pays hors Euro tels que la Grande-Bretagne. Ces estimations n’incluent toutefois pas les besoins à long terme auxquels fera face le pays.

Une sortie de la Grèce de la ZE entrainerait un arrêt du soutien de la BCE, ce qui conduirait inévitablement à l’effondrement du système bancaire grec. Afin d’éviter des vagues massives de retrait et de grosses pertes sur les pensions, il est probable que les banques et les fonds de pension aient des besoins en recapitalisation de l’ordre de 55 milliards d’euros, ce qui sera difficile sans aide extérieure.

En cas de sortie du pays de la ZE, la banque centrale grecque devra créer au moins 128 milliards d’euros de sa nouvelle monnaie (63% du PIB grec) afin de fournir des liquidités aux banques grecques et les maintenir à flot. Cela pourrait engendrer une forte inflation.

Enfin, on notera cependant que bien qu’un compromis avec Athènes soit l’option la plus probable à court terme, puisque la situation de la Grèce commence à montrer des signes de redressement au niveau de son budget, une sortie du pays de la ZE continuera a rester une solution alléchante, particulièrement si la seule option pour Athènes est d’abandonner de façon permanente sa souveraineté…

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Réalisé à partir d’une étude du Think Thank OpenEurope