L’Avis de PFX: Marathon diplomatique, un mois pour sauver l’Eurozone

(ProfesseurForex.com) – A partir de cette semaine et au moins jusqu’à mi septembre, les leaders des pays de l’eurozone vont successivement se rencontrer afin de trouver un compromis salvateur pour l’euro. Dans le tourbillon d’une crise de la dette qui dure depuis 3 ans, la rentrée politique va tenter de mettre un terme au chaos (KO ?) qui règne sur les marchés.

Le mois d’août a pourtant été relativement calme sur les marchés, avec une faiblesse record des volumes de transactions. Hollande et Merkel en vacances, les seuls à amener un peu de volatilité sont les ténors de la BCE, Draghi en tête, avec des déclarations voulues rassurantes. Mais également avec beaucoup de « non-dits », souvent à double tranchant. En affolant les marchés tout d’abord, en montrant un visage de la BCE très passif, à la limite de la gérontocratie (le climat semble négativement corrélé entre celui qui règne sur nos plages et celui qui oppresse Bruxelles, plein de frilosité). Mais en les rassurant également : on a vu les spreads de taux à 10 ans espagnols et italiens se détendre nettement (respectivement bien en dessous des 6% et 7 %). De même, les bourses milanaises et madrilènes ont affiché une belle forme, non sur des fondamentaux solides, mais sur des chiffres pourtant en demi-teinte et surtout sur la spéculation d’une intervention de la BCE.

Des contradictions en interne sur les perspectives de l’eurozone

Si un relatif calme règne sur les marchés, la situation est toute autre sur le plan diplomatique. On voit des partis politiques se déchirer sur l’avenir de l’euro. En Finlande par exemple, où les contradictions se multiplient. Si le pays est noté AAA, la cohérence du gouvernement mérite un C-. Alors que le ministre des affaires étrangères déclare « qu’il faut se préparer à un éclatement de la monnaie unique », son homologue des Affaires européennes s’empresse de le démentir et souligne dans la foulée : « la Finlande est engagée à 100% dans l’euro ».

Autriche, même jour : le ministre des Affaires étrangères exprime son vœu de pouvoir « éjecter de l’union monétaire les pays qui ne tiennent pas leurs engagements ». Le chancelier lui-même est venu éteindre l’incendie en avançant que « les conséquences négatives d’un éclatement de la zone euro dépasseraient de très loin n’importe quel avantage que pourrait en tirer tel ou tel pays ».

En Allemagne également, où Merkel doit gagner du temps alors que ses propres troupes déclarent « qu’une sortie de la Grèce serait gérable », les banques allemandes étant exposées à hauteur de « seulement » 17 milliards d’euros.

Le jeu des chaises musicales

Le calendrier diplomatique s’annonce donc chargé pour les dirigeants. Dès mercredi, Antonis Samaras (1er ministre grec) rencontrera Jean-Claude Juncker à Athènes. Jeudi, c’est François Hollande qui s’envolera pour Berlin pour se frotter à Angela Merkel. Vendredi, Samaras ira argumenter en faveur du report de 2 ans de ses objectifs budgétaires auprès de la chancelière allemande. Il en fera de même auprès de Hollande samedi.

Merkel doit également rencontrer le Président Italien Mario Monti d’ici fin août, ainsi que le Premier Ministre espagnol Mariano Rajoy durant la première semaine de septembre.

Cette série de rencontres n’est qu’une mise en bouche avant une suite d’événements qui devraient amener davantage de visibilité sur l’avenir de l’euro.

Des verdicts attendus

Le 6 septembre, Mario Dragui (Président de la BCE) doit présenter les détails du plan de rachat d’obligations (juste après le conseil mensuel des gouverneurs). Cela devrait être l’occasion de présenter l’envergure et l’échéancier du plan, mais aussi de préciser le rôle exact de la BCE et les garanties qu’elle offrira.

Le 11 septembre, la Commission Européenne dévoilera ses propositions sur une supervision centralisée des banques de l’eurozone. Ce superviseur est un pré-requis au MES (Mécanisme Européen de Stabilité, autrement dit le fond européen de refinancement permanent) qui doit permettre de recapitaliser directement les banques (et de diminuer la charge de la dette qui pèse sur les gouvernements). La principale interrogation porte sur le choix de surveiller toutes les banques de l’eurozone, ou seulement les 25 plus importantes (celles qui présentent un risque systémique).

Le 12 septembre, la Cour Constitutionnelle allemande rendra sa décision sur la compatibilité du MES et du paquet budgétaire avec leurs lois. Si l’on peut espérer que la Cour donnera son feu vert, elle pourrait demander à obtenir plus de droit de supervision sur leur usage.

Le même jour, les Hollandais sont appelés aux urnes, et il se pourrait que le parti socialiste, hostile à l’austérité, remporte la victoire. Son leader, Emile Roemer, a critiqué l’obsession « comptable » de conserver un déficit budgétaire en dessous des 3% du PIB, et a déclaré vouloir proposer un référendum sur le paquet budgétaire.

Les ministres des finances de l’eurozone et les banquiers centraux se rencontreront le 14 septembre à Nicosie (Chypre) pour discuter de la situation en Espagne et en Grèce.

Rappelons que Draghi a déclaré que la BCE n’aidera que les pays qui en font une demande formelle ; et que Rajoy n’a pas fermé la porte à cette aide mais qu’il désire davantage de précisions avant de s’y soumettre.

L’Espagne est prête à récolter 50 milliards d’euros entre aujourd’hui et la fin de l’année. A noter : un rapport de think-tank qui a circulé la semaine dernière estime que le fonds de sauvetage européen pourrait prendre en charge 50% de cette somme si Rajoy venait à appeler à l’aide.

La Grèce doit aussi se confronter en septembre au rapport des inspecteurs de la Troïka (formé de la Commission Européenne, de la BCE et du FMI). Ce rapport doit venir sanctionner le respect des engagements pris en échange du 2nd renflouement. Un rapport encourageant est nécessaire pour l’Eurogroupe au déblocage de la prochaine tranche d’aide de 31.5 millions d’euros. Si ce rapport n’est pas prêt pour le 14 septembre, les ministres de l’Eurogroupe l’utiliseront lors de leur meeting suivant le 8 octobre au Luxembourg.

En bref, les hommes politiques gagnent donc du temps en attendant de ces échéances des nouvelles encourageantes. Il est raisonnable de supposer que l’Allemagne, et donc la BCE, ne prendront pas d’initiatives avant la réponse de la Cour le 12 septembre. En attendant, l’attentisme reste de rigueur.

Ou le calme avant la tempête…

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