L’Avis de ProfesseurForex : Que nous réserve Mario Draghi lors de la conférence de presse de la BCE demain?

(ProfesseurForex.com) – Mario Draghi a mis sa crédibilité dans la balance la semaine passée en déclarant qu’il était du ressort de la BCE d’agir lorsque les taux d’emprunt des pays membres de la Zone Euro s’envolaient. Une phrase lourde de sens et voilà pourquoi:

Tout d’abord, rappelons nous le nom de la crise de la Zone Euro. C’est la « crise de la dette ». Certains pays n’ont plus la confiance des marchés. Ces derniers ont réalisé qu’il était plus prudent de prêter à l’Allemagne qu’à la Grèce… Sage prise de conscience puisqu’il est vrai que les traités Européens stipulent qu’il n’existe pas de solidarité financière entre les pays de la Zone Euro.

De cette prise de conscience est né l’écartèlement des spread de taux entre pays périphériques et pays du Nord. La Grèce a ainsi vu son taux à 10 ans tutoyer les 40 %… quand l’Allemagne emprunte désormais gratuitement à deux ans et à 0,3 % à 5 ans… Compte tenu de l’inflation, les obligations de la France, de l’Allemagne etc… sont devenus des investissement à perte ! Mais disons simplement que si vous placez vos économies dans un coffre fort à la banque, vous payez également le loyer…

Ainsi, abandonnés par les marchés, la Zone Euro n’a eu d’autre choix que de mettre sur pied un fonds de garantie commun, le fameux FESF, dont il reste quelques 200 milliards. Le système de ce fonds est enfantin. Le FESF emprunte à bas prix puisqu’il jouit de la garantie de toute la zone Euro. Et prête ensuite aux États en difficulté, pour simplifier. L’argent vient donc toujours des marchés financiers et non de la poche du contribuable. L’astuce est que si certains pays venaient à faire défaut, le FESF se retournerait vers toute la Zone Euro qui devrait donc payer à la place de ce pays en difficulté qui ne rembourse pas ses dettes…

Pour simplifier d’avantage, le FESF (et bientôt le MES) est une gigantesque Euro-obligation de 700 milliards d’Euros qui permet aux pays en difficulté de faire rouler leur dette à bas prix. Une mutualisation de 700 milliards en somme, à comparer au PIB de la Zone Euro qui est de 12 000 milliards par an.

L’idée des Euro-obligations est portée par une large frange de la Zone Euro, France en tête, mais il reste toujours la Hollande, la Finlande et l’Allemagne qui ne sont pas prêt à voir leur taux d’emprunt augmenter parce qu’ils garantissent la dette des autres.

Ainsi, mis à part le fait d’imposer le modèle Allemand au reste de l’Europe en espérant que chaque pays deviendra une machine à exporter capable de réaliser une balance commerciale excédentaire vis-à-vis de la Chine… (qui réalise justement la majeur partie de son excédent commercial vis-à-vis de ses partenaires Européen, et non pas avec la Chine…) il ne reste bien que la BCE pour tenter d’inverser la tendance.

C’est précisément ce que Mario Draghi a compris. Si l’Allemagne ne veut pas partager sa signature, il faut bien que quelqu’un agisse pour réduire le spread de taux. C’est là que la BCE entre en piste en monétisant la dette. Du Quantitative Easing en somme, ou la planche à billets pour être plus précis. Mais manque de chance, l’Allemagne est également vaccinée contre l’inflation après son expérience d’entre deux guerres durant laquelle on allait faire son marché avec une brouette de billets…

Le LTRO n’a pas marché, la baisse du taux directeur ne change pas la face de l’Europe, la non rémunération des dépôts n’a toujours pas convaincu les banques à financer l’économie, surtout la crise n’a jamais été aussi préoccupante avec le taux à 10 ans de l’Espagne qui est passé au-dessus de 7 %

De nouvelles solutions ont donc récemment [re]fait leur apparition:

-Licence bancaire pour le MES [Le gouvernement Allemand s'y oppose]

-Réactivation du programme SMP ou autrement dit le QE [La Bundesbank s'y oppose]

-Plan d’aide à l’Espagne [L'Espagne s'y oppose et préfère probablement une recapitalisation directe de son secteur bancaire comme il avait été décidé lors du sommet Européen]

Mais tous les dirigeants Européens ne cessent de répéter dans le sillage de Mario Draghi qu’il feront tout ce qui est nécessaire pour protéger l’Euro… Angela Merkel et François Hollande faisant même écho au président de la BCE peu de temps après sa sortie médiatisée au cours de laquelle ce dernier assure que les mesures qu’il prendra seront plus que suffisantes…

Dans ce contexte, il est difficile de percevoir comment la BCE compte régler le problème des spreads de taux et bien malin celui qui a deviné quelles seront les annonces de demain. Une réactivation du programme SMP ? Le gouverneur de la banque centrale de Chypre a déclaré aujourd’hui que ça n’arrivera pas et que les marchés faisaient une mauvaise interprétation des propos de Draghi la semaine dernière.

Mais une fois de plus nous le martelons sur PFX, si nous ne voulons pas faire de QE, il va bien falloir se résoudre à mettre en place des Euro-obligations…

Copyright © 2012 ProfesseurForex.com. Tous droits réservés