La BoJ fait encore marcher la planche à billet, retour sur un pays endetté à hauteur de 230 % du PIB

(ProfesseurForex.com) – Retour sur les origines du marasme politico-économico-monétaire dans lequel se trouve le Japon

Le pays du soleil levant a changé 6 fois de premier ministre en 4 ans, accuse une dette colossale équivalent à 230 % de son PIB(12 000 milliards de Dollars), souffre de la déflation, du vieillissement de sa population et d’une croissance atone. Seul réconfort, le chômage est quasiment inexistant dans ce pays de 128 millions d’habitants. C’est le Bilan de 20 ans de traversée du désert pour l’ancien champion des années 80.

En effet, en 1991 le Japon entre dans une phase de ralentissement économique d’une durée exceptionnellement longue, amorcée par une appréciation considérable du Yen face au billet vert (40 % entre 1991 et 1995 après une appréciation de 90 % entre 1985 et 1988) qui aura eu un effet dépressif majeur (en raison du resserrement de la politique monétaire de la BoJ en 1989), plombant la production et les exportations, et l’éclatement de la bulle financière et immobilière, résultat de la croissance accélérée de la du crédit des années 80.

A partir de 1996, le Japon se lance dans une politique de relance Keynésienne (amorçant le cercle infernal de la dette qui fait du Japon le pays le plus endetté du monde aujourd’hui de 60 à 225 % du PIB en un peu plus de 20 ans) et d’assouplissement monétaire avec un taux directeur de retour à un niveau proche de zéro. L’effort budgétaire n’a néanmoins pas suffit à relancer la croissance qui ne fut que de 1,4 % en 1995.

Le resserrement budgétaire intervenu en 1997 pour équilibrer les comptes plombera la consommation et le peu de croissance que le Japon était parvenu à créer via sa politique de relance. Le début de la crise financière des pays asiatiques émergents achevait de réduire la croissance japonaise qui ne sera que de 1 % en 1996. Le système financier nippon n’est pas épargné, ruiné par le krash immobilier, le forçant à provisionner et réduire son offre de crédits. De nombreux organismes de crédit immobilier font faillite, menaçant d’entrainer avec elles les principales banques Japonaises. En 1997, trois banques d’affaire font faillite, faisant basculer le secteur dans une crise systémique totale, le marché interbancaire se paralyse.

La BoJ n’intervient pas et c’est finalement le gouvernement qui se résout à nationaliser les banques en difficulté avec l’argent du contribuable (prix : 12 % du PIB, 500 milliards…) empêchant ces derniers de se désendetter. Les créances douteuses s’accumulent pour atteindre le niveau record de 330 milliards de Dollar en 2002 (8,4 % de l’encours de crédit… pour la comparaison, la portion d’actifs toxiques en Espagne atteint aujourd’hui près de 10 % à 169 milliards d’Euros…)

Entre temps, la déflation s’est durablement installée, laissant la politique monétaire de la BoJ (baisse des taux) impuissante et incapable d’agir selon les méthodes traditionnelles. Le Japon est dans une trappe à liquidité! Un peu comme les États-Unis aujourd’hui. De surcroit, la déflation induit une augmentation de la valeur des dettes… obligeant les ménages et les entreprises à se débarrasser de leurs avoirs et de solder leur stocks pour se désendetter. Le cercle vicieux s’enclenche.

Mais en 2004, la BoJ décide d’inonder les marchés financiers en portant de 40 à 300 milliards de dollars le montant des titres qu’elle est susceptible d’accepter à son bilan et en étendant la gamme de ces titres « éligibles » aux actifs titrisés des banques et aux actions. Autrement dit, elle est la première à oser faire du quantitative easing (QE).

L’économie sort partiellement de la déflation et retrouve le chemin de la croissance, le niveau de créances douteuses retombe à 3,5 % de l’encours de crédit. Les banques remboursent les fonds prêtés par l’État et commencent à reprendre leur activité de crédit. Les consommateurs reprenaient confiance mais pas de chance, la crise des supprimes éclate… (On ne saura jamais si le Japon était sorti de la trappe à liquidité ou non…).


La Japon d’aujourd’hui (post Tsunami…)

La dette est colossale, insurmontable…

La déflation est toujours présente. La BoJ a annoncé en début d’année un objectif d’inflation de 1 % qu’elle tente de maintenir en procédant à toujours plus de QE qui permettent également de soutenir la croissance et d’empêcher le Yen de trop s’apprécier face au Dollar.

Cela fait 13 ans que que le taux directeur est entre 0 et 0,10 %, laissant donc seulement l’assouplissement quantitatif comme dernier outil de politique monétaire pour tenter de créer de la croissance et amortir la dette en la monétisant régulièrement grâce aux QE…

Pourquoi le Japon n’est pas attaqué par les spéculateurs comme en Europe et bientôt aux États-Unis, en raison du fiscal Cliff ?

La bonne nouvelle est que la dette Japonaise est détenue à 90 % par ses citoyens, par le biais des caisses d’assurance et de retraite, les fonds d’investissement et la BoJ, bien entendu. Ce constat permet donc d’éviter l’attaque des spéculateurs étrangers! Contrairement aux pays Européens qui font l’amère constatation qu’il est risqué de laisser les étrangers détenir sa dette… C’est également pour cette raison que la Japon peut continuer à s’endetter à un très faible taux. Ainsi, tant que le Japon, pays exportateur, sera capable de maintenir une balance commerciale excédentaire, la situation Japonaise pourra perdurer.

Néanmoins, l’arrivée massive de retraités qui ne vont plus épargner avec autant de conviction risque de poser un problème au Japon…


Nous avons un bel exemple de la politique monétaire Japonaise aujourd’hui avec la BoJ qui prend les marchés par surprise en annonçant un nouveau round de QE

La BoJ a de nouveau assoupli sa politique monétaire ce mercredi en annonçant une augmentation de ses achats de titres deux fois supérieure au montant habituel, une décision prise face au ralentissement de l’économie nippone, que les tensions des derniers jours avec la Chine risquent d’amplifier… cette dernière menaçant de procéder à des représailles économiques.

La banque centrale a augmenté son programme d’achats d’actifs et de prêts, qui constitue désormais le principal outil de sa politique monétaire, de 10.000 milliards de yens (97 milliards d’euros) pour le porter à 80.000 milliards. La nouvelle augmentation des achats d’actifs sera consacrée à des achats d’obligations d’État et de bons du Trésor, a précisé la banque centrale. Elle a en outre repoussé à décembre 2013 l’échéance de réalisation de ses achats d’actifs en n’oubliant de revoir ses perspectives de croissance à la baisse…

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