L’Avis de PFX : L’Europe avance laborieusement mais l’Euro devrait se maintenir face au billet vert

(ProfesseurForex.com) – Créer une union bancaire a été le fer de lance de l’Europe pour se parer définitivement d’un organe de prévention (supervision) et de résolution des crises bancaires alors que la Zone Euro semblait au bord de l’implosion en début d’année lorsque les belles promesses du pacte budgétaire se sont effritées après que l’Espagne ait annoncé qu’elle ne pourrait pas réduire son déficit budgétaire autant que stipulé dans le pacte budgétaire (Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de son vrai nom). (Et il semblerait que les perspectives de réduction des déficits seront révisées à la baisse dans de nombreux pays cette année…). Nous revenons dans votre très apprécié Avis de PFX sur les récents déblocages et autres sujets qui sont reportés aux calendes Grecques.

« Cercle vicieux »

Lorsque les banques ont les yeux plus gros que le ventre (Fonds propres trop faibles pour absorber des chocs économiques tel que, par exemple, l’éclatement de la bulle immobilière en Espagne après que les banques aient prêté sans compter) et que subitement une partie substantielle des prêts ne sont plus remboursés (10 % d’actifs toxiques en Espagne), les États doivent recapitaliser ces banques, venant creuser la dette du pays et mettre la pression sur les contribuables. Et qui finance les États déjà largement endettés ? Les contribuables, bien entendu, mais surtout ces mêmes banques… (qui adorent acheter la dette des Etats puisqu’il s’agit de produits financiers de choix étant éligibles aux opérations de refinancement de la BCE).

« Supervision et mutualisation »

L’Union bancaire a donc par essence la vocation de briser le lien entre les Etats et les banques. La supervision de la BCE permettra de liquider les banques peu vertueuses où bien de recapitaliser celles qui peuvent encore être sauvées. Alors que les recapitalisations devaient être réalisées grâce au MES, le fonds Européen bénéficiant de la garantie de l’ensemble des pays membres, on parle désormais plus volontiers du côté Allemand d’un fonds alimenté par les banques elles-même (Taxe financière ? Dans tous les cas, cela n’est pour l’instant pas possible et c’est le MES qui devrait donc assumer cette fonction dans un premier temps). En d’autres termes, la recapitalisation des systèmes bancaires se fera de manière « solidaire ». Néanmoins, soulignons que l’Allemagne ne souhaite pas que les « legacy asset » soient couverts par le MES, ce qui veut dire que les États nationaux resteront responsables les dettes bancaires qui auront été contractées avant que l’Union bancaire ne soit totalement opérationnelle. (Voilà pourquoi l’Espagne a déjà entamé les grandes manœuvres en mettant sur pied la bad bank afin d’y agglomérer toutes les créances toxiques à prix cassés. Les fonds de recapitalisation devront donc être à la hauteur de ces pertes afin que le système bancaire Espagnol ait une chance de respecter le calendrier des normes de Bâle III…). (Près de 40 milliards devraient être débloqués bientôt si l’on en croit les déclarations lors des derniers Eurogroupes. Une somme ridicule que l’Espagne compte bien compléter via une recapitalisation directe en dépit des élections Allemandes).

« Quelles banques ? »

Le texte prévoit la supervision directe par la Banque centrale européenne “des établissements qui présentent plus de 30 milliards d’actifs, qui pèsent plus de 20% du PIB du pays d’origine ou qui bénéficient de l’aide européenne”. Ce qui concerne de 150 à 200 banques, sur les 6 000 établies dans l’Union. L’Allemagne n’a apparemment pas très envie de voir la BCE mettre le nez dans ses banques régionales qui sont loin d’être en grande santé… Cette supervision unique des banques devra être effective au premier mars 2014. Notons que la BCE devrait tout de même avoir un certain droit de regard sur l’ensemble du système bancaire Européen « en cas de problème ».

« Intégration par le budget »

Si l’Union bancaire semble avancer, n’oublions pas que le calendrier de sa mise en place reste élastique et que les tractations sur le budget Européen, un budget de la Zone Euro et un nouveau traité n’ont pas abouties. Tous ces sujets sont bien entendus négociés en parallèle car une concession par ici permet une victoire par là. Concernant le budget de la Zone Euro, demandé par Wolfgang Schauble, le ministre des finances Allemand, la France reste hostile tant que la Zone Euro ne se dirigera pas de manière résolue vers un mécanisme de mutualisation des dettes dont une intégration fiscale plus accomplie permettrait de jeter les bases. Berlin n’abonde pas dans ce sens car là où la France souhaite que le budget de la Zone Euro soit un mécanisme de solidarité (un budget financé en partie par des d’émissions obligataires communes), l’Allemagne souhaiterait elle un rapatriement d’une partie de la souveraineté budgétaire des états membres afin de piloter la Zone Euro de manière plus « coordonnée » (levier permettant de garder une pression continue sur la mise en place de réformes, d’austérité, bien souvent…). La France semble vouloir utiliser le budget de manière solidaire afin d’aider les pays accusant la récession et un taux de chômage intolérable. La France et l’Allemagne n’ont donc pas encore trouvé de terrain d’entente depuis l’élection de François Hollande et cela en partie car ce sera bientôt au tour des Allemands de voter.

« Élections »

Angela Merkel a récemment été réélue triomphalement à la tête de la CDU, ne laissant aucun doute sur les intentions de la chancelière pour les élections fédérales de septembre 2013. Il s’agit d’une échéance importante avec l’élection du parlement Européen en 2014. Il est peu probable que les dossiers du budget de la Zone Euro, ainsi que le changement de traité qu’il implique, n’intervienne avant ces rendez-vous. N’oublions pas non plus les élections en Italie durant lesquelles Berlusconi va tenter de faire son come-back après avoir été forcé à la démission suite à la lettre du commissaire Européen Olli Rehn, énumérant toutes les réformes qui devaient être mises en œuvre.

Conclusion

Maintenant que la question de l’Union bancaire est presque réglée (le fonds commun permettant de protéger les dépôts des épargnants et recapitaliser les banques, le point le plus important probablement, reste toujours en suspend), que la Grèce est assurée de rester au sein de la Zone Euro et que l’Espagne semble se débrouiller tant bien que mal compte tenu de sa conjoncture économique calamiteuse, c’est le changement de traité qui sera peut être la coqueluche des marchés en 2013. Les différentes élections, l’ampleur des achats d’obligations de la BCE (QE déguisé qui sera « stérilisé » … comme l’a promis Mario Draghi pour contenter l’Allemagne…) et l’éventuelle recapitalisation directe des banques Espagnoles seront également à surveiller.

Mais force est de constater que tout cela n’avance pas vite et que les fondamentaux économiques continuent de se détériorer un peu plus chaque mois (La BCE prévoit toujours une récession au T4 et également en début d’année 2013). Néanmoins, si les avancées sont certes laborieuses, l’Europe avance et devrait sortir renforcée de cette crise alors que les États-Unis voient leur dette augmenter de manière préoccupante (fiscal cliff) et la FED continuer d’inonder les marchés de nouveaux Dollars. Dans ce contexte, notre avis est que la paire EUR/USD devrait probablement continuer à se maintenir non loin des 1.30 pour encore quelques longs mois avec un petit avantage pour l’Euro.

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