Mario Draghi revient sur une année riche en évènements pour la BCE lors d’une longue interview avec le Financial Times

(ProfesseurForex.com) – Vous retrouverez ci-dessous la traduction d’une longue interview accordée le 11 décembre au Financial Times (publiée hier 14 décembre) par Mario Draghi, gouverneur de la Banque Centrale Européenne. Le patron de la BCE y revient sur une année riche en événements pour la BCE, et donne son avis sur l’avenir de l’Union Monétaire, ses points forts et ses points faibles.

FT : Pensez-vous que lorsque les historiens regarderont en arrière, ils diront: ce fut l’année où l’euro a été sauvé?

MD : Cette année restera à mon avis dans les mémoires comme l’année où la vision à long terme pour l’euro et pour la zone euro a été relancée. Le sommet de Juin, en particulier, a été un événement clé. C’est aussi l’année où les gouvernements de la zone euro ont réalisé des progrès importants dans l’adaptation de leurs économies. Et c’est l’année où la BCE est intervenue pour gérer les risques extrêmes.

FT : Pourquoi le sommet du mois de juin a été si important ?

MD : Le sommet de Juin était important car, pour la première fois depuis de nombreuses années, il a posé une vision à moyen terme pour une véritable union économique et monétaire, s’appuyant sur quatre piliers: l’union fiscale, la fameuse union bancaire, l’union économique et l’union politique. Ce fut une étape importante.

FT : C’est l’extension du cadre de Maastricht, qui s’était avéré insuffisant?

MD : Exactement. Les dirigeants ont construit Maastricht avec une forte discipline budgétaire. Dans la zone euro un pays ne peut pas poursuivre ses politiques économiques dans un environnement complètement indépendant, sans tenir compte de leurs implications pour les autres États membres. Ce fut l’une des principales conclusions de ce sommet. La souveraineté est quelque chose qui doit être partagée.

FT : Le sommet de Juin a été la condition préalable à l’OMT?

MD : Non, la décision en ce qui concerne l’OMT avait pour but de poursuivre, au sein de notre mandat, notre objectif de la stabilité des prix. La suppression des risques liés aux craintes non fondées concernant l’euro était essentielle pour lutter contre la fragmentation des marchés de la zone euro. Et cela a été important parce qu’avec la fragmentation – j’ai souligné ce fait à maintes reprises – nous ne sommes pas en mesure d’assurer la stabilité des prix dans la zone euro dans son ensemble.

FT : Quand est ce qu’il est devenu évident de prendre cette mesure?

MD : Des signes clairs et visibles de la fragmentation ont été remarqués depuis le second semestre de l’année dernière, conduisant progressivement à un resserrement du crédit à l’échelle régionale européenne en fin d’année. Ensuite, la BCE a procédé à deux opérations LTRO, qui ont supprimé un autre type de risque, à savoir la possibilité d’une crise bancaire provoquée par le manque de liquidité. Ils ont eu un effet très puissant, celui de calmer les marchés financiers pendant un certain temps. Mais, à la fin avril de cette année, nous avons vu tous les spreads augmenter. C’est le signe que la fragmentation a atteint le point au-delà duquel nous ne serions pas en mesure d’assurer la stabilité des prix.

FT : Je vais explorer cette approche cruciale, que vous avez adoptée avec l’OMT, et que vous avez clairement exprimée, à savoir que l’accès à ce programme serait conditionné. Et, deuxièmement, que vous agissiez dans le respect du mandat de la BCE. Mais avant cela, je veux vous parler de l’époque où vous avez commencé à vous poser des questions sur la stratégie, car il me semble que vous avez eu une stratégie. Vous ne pouvez pas avoir été convaincu que vous pourriez sauver l’euro, ou, du moins, relancer l’euro, mais il fallait une stratégie. Est-ce vrai, ou avez-vous plus ou moins improvisé?

MD :Il y avait certainement une profonde réflexion an cours des mois qui ont précédés, à la fois dans la BCE et au sein du Conseil des gouverneurs, sur la façon de faire face à cette fragmentation. L’objectif était et est toujours de restaurer une zone monétaire intégrée financièrement. L’OMT a été le résultat de cette réflexion. Le premier élément de ce qui était la reconnaissance du fait que nous étions dans ce que les économistes appellent un «mauvais équilibre», à savoir une situation dans laquelle vous avez un auto-renforcement des attentes qui, si on les laissent agir seules, produisent des résultats perturbateurs. C’est un cercle vicieux que nous avons eu à briser, mais nous ne devons jamais oublier à quel point nous nous sommes retrouvés dans ce «mauvais équilibre», qui a été généré au cours des dix dernières années, avec plusieurs gouvernements de la zone euro qui ont poursuivi des politiques économiques qui étaient soient manifestement erronées, soit inexistantes, dans un monde qui changeait rapidement.

FT : Mais le point crucial est que ce fut un autre aspect de l’intervention qui tranchait avec l’approche des années antérieures. Vous avez dit qu’il sera conditionnel et illimité, alors que précédemment la doctrine de la BCE était au contraire de dire que les opérations du type OMT seraient limitées et inconditionnelles.

MD : C’est une différence entre l’OMT et le SMP

FT : Mais vous avez dit, « écoutez, nous comprenons, historiquement et politiquement, pourquoi les programmes de ce type ont été limités et inconditionnels, mais cela ne fonctionne pas. Nous devons aller au-delà. » Pensez-vous qu’au sein de la BCE, tout le monde a compris?

MD : Il y avait un sentiment entre nous que l’efficacité du SMP s’essoufflait

FT : Tous les premiers bailleurs de fonds ont dit qu’ils devaient obtenir une capacité illimitée de la part de la BCE. Bien sûr, mais la conditionnalité était cruciale pour gagner le soutien au sein du Conseil d’administration, mais plus important encore, celui de Berlin.

MD : La décision a été prise en toute indépendance. Certes, la conditionnalité, dans une configuration comme la nôtre, est essentielle pour deux raisons. La première est que c’est une forme de renforcement de la confiance dans les obligations émises par le pays qui demande l’OMT, car plus il se conformera aux conditions, plus solvables seront ses obligations. La deuxième raison est que, avec tout type d’intervention, le risque moral doit être évité et la discipline budgétaire, en particulier, doit être assurée. C’est pourquoi la conditionnalité est essentielle, mais elle n’est qu’une condition nécessaire, car dans tous les cas le Conseil des gouverneurs évalue de manière indépendante l’état de fragmentation monétaire. N’oublions pas notre objectif qui est la lutte contre cette fragmentation financière et la stabilité des prix.

FT : Permettez-moi de revenir à l’aspect politique. Je respecte ce que vous avez dit au sujet de l’indépendance de la BCE qui est primordiale, mais, en même temps, vous n’êtes pas enfermés comme des moines, et vous ne déclareriez pas quelque chose soudainement au grand public.

MD : Aujourd’hui, la plupart des banques centrales sont indépendantes, dirigées par des fonctionnaires non élus, et assez puissants. Cette configuration n’est acceptable que si l’indépendance est limitée par le mandat. C’est le cadre que nous ont donné les législateurs : Une indépendance limitée par notre mandat. C’est pourquoi nous sommes si désireux de respecter le mandat, parce que c’est la véritable garantie de notre indépendance, qui, en particulier dans la configuration de la zone euro est cruciale pour notre crédibilité. Et la crédibilité est essentielle pour assurer la stabilité des prix.

FT : Assurément, il est également important pour vous, cependant, que, politiquement, vous restiez dans votre mandat.

MD : Certes, et c’est pourquoi la BCE doit être transparente et responsable.

FT : Revenons à la question des conditions, il y a des critiques importantes, en particulier en Allemagne, qui disent qu’elles suppriment l’incitation des gouvernements à agir. Comment réagissez-vous à ça?

MD : Bien au contraire. La conditionnalité permet de s’assurer que les gouvernements feront les réformes nécessaires et également de maintenir la discipline budgétaire.

FT : Permettez-moi de reformuler la question. Comment pouvez-vous rétablir une confiance durable s’il y a un niveau élevé de conditionnalité? Je parle d’une sorte de résolution de la crise, et si la conditionnalité est trop serrée, trop sévère, les gouvernements n’agissent pas et, par conséquent, rien ne se passe.

MD : L’évaluation de la conditionnalité est avant tout entre les mains de la Commission européenne, du MES et du FMI. Mais aussi, il ne faut pas oublier que l’évaluation finale et a décision de s’il faut agir ou non est entièrement entre les mains du Conseil d’administration.

FT : Lorsque vous avez annoncé le programme, il y avait tout de suite une réaction favorable sur les marchés, remarquable. Beaucoup de gens supposent alors que les gouvernements s’appliqueront pour pouvoir e bénéficier, mais ce n’est pas le cas. Quelles conclusions avez-vous tiré?

MD : Le but de l’OMT est d’éliminer les risques extrêmes. Il appartient aux gouvernements de décider d’un programme. Nous n’avons jamais pris une position qui a été proactive dans le sens d’encourager ou de décourager les gouvernements à appliquer les mesures. N’oublions pas que le MES est l’argent des contribuables, la décision doit être prise par les gouvernements et les parlements nationaux. Et la même chose est vraie pour les réformes des requérants potentiels et de la consolidation budgétaire. Le rôle de la BCE, à cette étape, devrait être en coulisse, pas en première ligne. Il appartient aux gouvernements de décider.

FT : Encore une fois, nous allons simplement prendre du recul une minute. Ça a été une tumultueuse et extraordinaire année. Vous avez été un acteur de premier plan dans cette crise. Il y en a d’autres évidemment comme Angela Merkel ou Mario Monti. Quels ont été les moments qui ont marqué votre esprit? Prenons simplement le moment où vous avez dit que les risques étaient très élevés et que nous devions agir.

MD : Le discours prononcé à Londres le 26 Juillet a été un grand moment. Si vous regardez le mot à mot, il ne dit rien qui serait considéré comme contraire à notre mandat. Mais en fait, c’est un discours particulièrement fort qui fait une déclaration ferme sur la préservation de l’euro.

FT : C’était une déclaration très, très ferme. Comment avez-vous trouvé cette phrase? « Tout ce qu’il faut … Et, croyez-moi, ce sera suffisant », – avec une pause dramatique avant.

MD : Encore une fois, il y avait un sens, le fait que nous avons dû surmonter les limites du SMP, et assurer que le signal pour le marché serait proportionnel à la gravité de la situation. C’est effectivement ce qui est derrière cette déclaration.

FT : Aviez-vous préparé la pause?

MD : Non, je ne suis pas vraiment théâtral. Mais à ce moment il fallait clairement montrer que les risques étaient en augmentation. Donc, mon intervention a été faite à cause de la situation très critique qui a été en constante évolution.

FT : Vous vouliez une réaction de la part des marchés. Était-ce votre intention?

MD : Ce que je croyais, c’est que les marchés devaient connaître notre position . Tel était l’objectif de ce discours. Il était destiné à être absolument clair sur notre détermination. J’ai également fait remarquer que ce n’était pas seulement notre détermination mais c’était aussi la volonté de nos dirigeants pour mener à bien les conclusions du sommet de juin. J’ai dit que les marchés ont sous-estimé la détermination des dirigeants et le montant du capital politique qu’ils ont investi dans l’euro. C’est ce que j’ai dit en premier, puis j’ai ajouté que nous avions l’intention d’être fermes et de faire ce qu’il faut, mais dans limites de notre mandat.

FT : C’était donc un moment crucial. Quel est le moment en 2012 où vous avez senti peut-être un sentiment de soulagement? Sans excès de confiance, mais que peut-être l’ambiance avait changée ?

MD : Y a t-il eu un tel moment ?

FT : J’espérais vous entendre dire ça

MD : C’est la manière dont je percevais les choses !

FT : Je veux juste revenir à cette question de l’opinion publique, qui est très importante. Quand et pourquoi avez-vous décidé d’aller au Bundestag?

MD : Dans un entretien avec les journalistes du Süddeutsche Zeitung, ils m’ont demandé si je voulais parler au Bundestag, si je devais être invité, pour mieux expliquer aux allemands ce que nous faisions et nos intentions. Je lui ai répondu que si j’étais invité, je serais prêt à y aller. Quelques jours après l’entrevue j’ai reçu l’invitation du président Lammert. Il y avait un véritable intérêt du Bundestag à connaître plus en détail nos décisions, qui étaient à la fois controversées en Allemagne, et saluées dans le reste du monde.

FT : Il y a un autre point important à propos de l’opinion publique allemande. Pensez-vous qu’elle est devenue plus eurosceptique cette année, avec toutes les circonstances économiques difficiles?

MD : Les circonstances économiques difficiles sont partout dans la zone euro, ce qui pourrait avoir causé une perception différente de l’euro. Ce sont des moments très graves. Quand on me demande si je peux convaincre l’opinion publique allemande, je dis que je ne sais pas. Mais je sais que nous avons le devoir d’expliquer, et nous travaillons vraiment très, très dur sur ce front. Nous espérons que les résultats suivront. Et cela est vrai pour l’ensemble de l’opinion publique en zone euro.

FT : Vous pouvez le voir en Grande-Bretagne où ce sentiment se déplace vers un questionnement sur l’adhésion à l’Union européenne. Peut-on peut-être maintenant aborder la question de ce qui vient après – la croissance économique et le processus d’ajustement? Donc, s’il est vrai que les déficits des comptes courants se réduisent et que les gouvernements font, à bien des égards, des choses courageuses, et que les réformes passent, il y a toujours la question de la croissance économique. Quel est votre pronostic pour les 12 prochains mois?

MD : La semaine dernière, nous avons publié nos nouvelles projections, qui prévoient une reprise lente dans la deuxième partie de l’année prochaine. Nous avons une situation grave en face de nous. Dans le même temps, il y a des signes encourageants. Les spreads de taux sont plus serrés qu’ils ne l’étaient il y a quatre mois. Les conditions de liquidité sont meilleures, les banques et les entreprises se financent elles-mêmes. Les émissions d’obligations ont redémarrées. Et pour le secteur public, les pays en difficulté ont pratiquement achevé leurs plans de financement souverains. En outre, nous pensons que notre position très accommodante sur la politique monétaire va trouver sa place dans l’économie dans les prochains mois. C’est pourquoi nous disons que nous pouvons voir une reprise dans la deuxième partie de l’année. Par ailleurs, à un certain moment, nous constaterons les bienfaits de la consolidation budgétaire et des réformes structurelles. Jusqu’ici, nous n’avons vu que les effets de contraction dus à l’assainissement des finances publiques. Nous n’avons pas encore vu les effets positifs des réformes structurelles parce que, évidemment, ils arrivent avec un certain décalage dans le temps. Et troisièmement, nous allons voir une croissance mondiale plus vigoureuse, ce qui permettra de soutenir les exportations de la zone euro.

FT: Etes vous confiant au sujet de l’économie américaine si le fiscal cliff n’est pas évité?

MD: Je suis confiant, ils trouveront un accord

FT : Et même au-delà de la révolution du gaz de schiste, le marché immobilier qui récupère petit à petit. Pensez vous que les USA ont réparé leurs banques ?

MD : Je pense qu’ils sont bien partis pour obtenir un résultat positif. Il est intéressant de noter cependant que jusqu’à il y a encore deux mois, quand les gens ont été interrogés sur la principale source d’incertitude et de risque dans le monde, la réponse a été la crise de l’euro. Et maintenant, c’est le fiscal cliff.

FT :Pour en revenir à la prévision dont vous parliez. Ce sont en fait une révision à la baisse assez spectaculaire. Et cette bonne humeur sur les marchés financiers est assez fragile, comme l’a montré la démission de Mario Monti. Cela ressemble à l’image du verre à moitié plein. Quand est ce qu’un élan optimiste se fera sentir ?

MD : En effet, c’est une révision significative à la baisse. Dans le même temps, les perspectives à moyen terme pour la stabilité des prix n’ont pas changées de façon dramatique

FT : Il y a beaucoup de critiques sur la consolidation fiscale comme vous le savez. Je sais que vous avez parlé de cela auparavant. Mais est-il problématique que la BCE pousse dans ce sens, alors que ce processus est difficile, en particulier dans des pays comme l’Espagne et la Grèce, où ces plans d’ajustements engendrent une vraie misère humaine, étant donné, que comme vous l’avez dit, vous êtes non élus et qu’il faut s’en tenir strictement à votre mandat. S’il n’y a pas de risque à moyen terme pour la stabilité des prix, peut-être qu’il s’agit dans ce cas de dire qu’il y a trop de rigueur en ce moment ?

MD : Nous sommes parfaitement conscients que la situation économique dans plusieurs pays, pas seulement en Espagne et en Grèce, est très grave, et nous ne sous-estimons pas la difficulté de la situation. Il ne faut pas oublier que la raison pour laquelle la consolidation budgétaire est devenue centrale pour le conseil politique de la BCE, c’est parce que l’on ne peut pas avoir des systèmes construits sur la dette et sur les déficits ; que la crise financière a fait apparaître comme non viables. Il y a eu néanmoins des progrès. Abandonner maintenant, comme certains le suggèrent, reviendrait à gaspiller les énormes sacrifices consentis par les citoyens de l’Europe.

FT :Oui, et que dire de la critique de Martin Wolf déclarant que l’ajustement est un processus à double sens et que, si l’austérité doit être poursuivie avec rigueur dans les pays périphériques, les pays créanciers doivent aussi s’adapter. Ils doivent aussi faire leur part, ce qui, en effet, signifie une politique un peu plus expansionniste pour lutter contre …

MD : Tout d’abord, il faut souligner que l’inflation n’est pas un outil politique. On ne joue pas avec l’inflation. Surtout dans une zone constituée par plusieurs Etats souverains. Le deuxième point est que – dans notre système institutionnel – si vous aviez à choisir un objectif politique, ce serait d’augmenter la compétitivité. Les pays qui ont réussi ce réglage avec des réformes ont permis d’atténuer les effets à court terme des politiques budgétaires d’austérité. Les pays qui peuvent effectivement gérer cette combinaison de politiques ont une chance de réduire les difficultés qui viennent de l’assainissement des finances publiques.

FT : pensez-vous à l’Italie ?

MD : Non je pense à l’Irlande

FT :Une ou deux autres questions, l’une sur l’union bancaire, car, en plus de tous les sujets que nous venons de discuter (les énormes défis pour la zone euro et pour la BCE), maintenant vous allez avoir à prendre la responsabilité supplémentaire de la supervision de tout au moins les grandes banques de la zone euro. Est-ce que l’institution prête pour ça? Êtes-vous prêt pour cela?

MD : Nous serons prêts. Après la signature officielle, le mécanisme de supervision entrera en vigueur avec un délai d’environ un an. Il y a eu de nombreuses discussions sur la vitesse à laquelle nous devrions aller et quelle devrait être la portée de cette supervision. On doit garder à l’esprit que nous sommes un acteur passif. Nous sommes dans les mains de nos législateurs. Il est clair que nous voudrions aller plus vite, mais il est plus important de faire les choses bien. Et nous avons l’intention de prendre le temps qui est nécessaire pour cela.

FT : Est-ce que, en parlant de bien faire les choses, vous avez besoin qu’il y ait une sorte de schéma à l’échelle européenne pour la résolution des défaillances bancaires en place avant de prendre en charge la supervision, sinon vous êtes dans une situation où vous êtes théoriquement en charge de la supervision de toutes ces banques. Si l’une d’entre elles doit être liquidée, pour une raison quelconque, vous êtes complètement à la merci de l’autorité de surveillance locale et des arrangements locaux. Vous n’avez pas vraiment le pouvoir de faire quoi que ce soit.

MD : Une autorité de résolution européenne est un complément important de la supervision, et il sera probablement mis en place au moment où la supervision entrera en viguer. Mais même en son absence, l’évaluation du superviseur unique de l’éventuelle non-viabilité d’une banque serait une déclaration tellement forte qu’elle déclencherait probablement la réponse politique du gouvernement national concerné.

FT : Une question personnelle, c’est une question humaine, vous subissez une pression. Si vous deviez penser à quelques personnes dans le monde, vous êtes certainement dans le top cinq de ceux qui subissent le plus de pression. Comment faites-vous face à cela? Et, deuxièmement y-a-t-il quelque chose qui vous a surprenne encore après avoir été à ce poste pendant un an?

MD : La façon de faire face à ces pressions est de ne jamais oublier qu’ils font partie de l’ensemble des responsabilités qui incombent à ce poste, d’est à dire la responsabilité d’assurer la stabilité des prix, de prendre des décisions politiques qui affectent le bien-être de millions de personnes.
Je ne peux vraiment pas répondre à votre deuxième question, parce que, pour dire que quelque chose qui vous a surpris, vous devez être capable de regarder en arrière et dire, oh, cette chose m’a vraiment surpris. Et ce n’est pas la façon dont je fonctionne. J’ai hâte, étant naturellement enclin à cela, de me concentrer sur l’avenir. Du moins je pense. Mais vous devriez poser cette question à mes collègues aussi.

FT : Quelque chose à ajouter ?

MD : Je tiens à vous donner cette citation du professeur Zygmunt Bauman, sociologue polonais qui est devenu plus connu pour ses analyses de la postmodernité et de la consommation. Cela a à voir avec le fait que vous ne perdez pas la souveraineté quand vous la partagez, mais vous allez la retrouver. Les pays avec une forte dette et des déficits devraient comprendre qu’ils ont perdu leur souveraineté, depuis longtemps, sur leurs politiques économiques dans ce monde globalisé. Travailler ensemble dans une union axée sur la stabilité signifie réellement retrouver sa souveraineté à un niveau supérieur.

FT : Ils l’ont abandonné au profit des marchés ?

MD : Oui. Et partager des règles communes signifie réellement retrouver sa souveraineté de façon partagée plutôt que de faire semblant d’avoir une souveraineté qu’ils ont perdu il y a déjà longtemps.

Copyright (c) 2012 ProfesseurForex.com. Tous droits réservés.