L’Avis de PFX : Sommes nous en pleine guerre des devises ?

(ProfesseurForex.com) – Une « guerre des devises » est un thème qui devient récurrent parmi les analystes et les observateurs ces dernières semaines, notamment face à la volonté affichée par le Japon d’affaiblir sa monnaie. On se rappellera également les propos de Jean-Claude Juncker il y a quelques jours, qui affirmait que l’euro était « dangereusement haut », sous entendant clairement qu’il fallait agir pour remédier à cette situation. L’Allemagne a d’ailleurs annoncé cette semaine qu’elle mettra sur la table du G20 de dossier de la dépréciation/dévaluation du Yen.

Cependant, il faut se rappeler qu’il y a environ 4 ans, les principaux pays de la planète se sont plus ou moins engagés à ne pas se diriger vers une guerre des devises. Lors du G20 en 2008, les pays participants ont en effet privilégiés la coopération aux situations conflictuelles. La crainte d’une explosion du protectionnisme, l’une des grandes erreurs des années 1930, ne s’est donc jamais concrétisée.

Mais bien que aucune nouvelle barrière douanière n’ait été érigée, le commerce mondial a tout de même ralenti (il progresse en temps normal environ 2 fois plus vite que le PIB) ces dernières années, ce qui pourrait inciter les principales économies mondiales à revenir sur leurs engagements. Il faut en conséquence être attentif au déclenchement d’une guerre des devises qui viendrait potentiellement ralentir d’avantage le commerce mondial.

Il y a plusieurs façons de plumer un canard en des temps où la croissance est difficile à obtenir. Le protectionnisme en est une. La manipulation des devises, souvent plus dure à détecter, en est une autre. Et nous sommes désormais en train de le voir. Une grande part de l’attention s’est tournée vers le Japon, depuis le nouveau mandat de son Premier Ministre Shinzo Abe (Parti Libéral Démocrate, constituant la droite conservatrice du pays), élu en fin d’année dernière. Le gouvernement traditionnel et conservateur (au pouvoir depuis 50 ans sans interruption si l’on met de côté les trois dernière années) a annoncé sa décision d’injecter 10,3 trilliards de Yens (86 Mds €) afin de stimuler l’économie japonaise, morose à l’heure actuelle. Une augmentation du budget qui sera financée via la planche à billets.

Le gouvernement a également envoyé un puissant signal, que beaucoup voient comme une tentative de faire baisser le Yen afin de stimuler les exportations, en poussant la Banque Centrale du Japon à adopter une politique monétaire moins stricte et un taux d’inflation plus élevé. Le gouvernement a répété maintes fois ces derniers temps que le Yen était trop fort. A partir de ce moment, le Japon a clairement signifié au monde que les accords du G20 étaient caduques.

Alors pourquoi, le Japon, qui a besoin de créer autant de croissance possible ainsi que de l’inflation afin de sortir de son piège déflationniste (qui dure depuis 20 ans), ne pourrait-il pas s’engager dans une dépréciation délibérée de sa monnaie. N’est-ce pas son affaire, à lui et lui seul ?

Évidemment non. La dépréciation délibérée de la devise est contraire aux serments que les pays ont prêtés durant le G20. En effet, l’avantage compétitif d’un pays se fait au détriment d’un autre et se transforme en une nouvelle forme de protectionnisme. Les barrières douanières restent intact mais les autres pays voient leurs produits devenir trop cher à l’exportation. Le résultat est donc le même.

A ce titre, dans son discours du 21 janvier 2013, le président de la Bundesbank Jens Weidmann a mis en garde contre « une politisation plus importante des taux de change » et d’une potentielle « compétition de la dévaluation » entre les régions aux différentes devises. Le discours était opportun : il a été prononcé au moment où la Banque Centrale du Japon a doublé son objectif de contrôle de l’inflation à 2%, alimentant encore un peu plus la forte tendance baissière du Yen de ces derniers mois.

Mais le Japon n’est pas le seul à souhaiter une devise faible. Les Etats-Unis ont également mené une politique de dollar faible depuis le début de la crise, la Réserve Fédérale, sous la direction de Ben Bernanke, s’est en effet assuré que le dollar reste bas via les Quantitative Easing (QE).

La Corée du Sud, le grand concurrent du Japon en matière de produits électroniques, de l’automobile etc… a vu sa devise, le won, augmenter de 22 % face au yen l’été dernier. Un cadre de Hyundai a décrit la montée du won et la chute du yen comme « une situation torturant doublement ». Le gouverneur de la Banque Centrale de Corée du Sud a confirmé la semaine dernière son intervention (via ce qu’il a décrit comme des « opérations de lissage ») afin d’essayer de contenir l’appréciation du won. Une bataille entre deux des plus formidables exportateurs d’Asie ne représente pas encore l’intégralité d’une guerre totale des devises, mais on se dirige dans ce sens, et cela est dangereux.

La Chine pratique également une politique de taux change déloyale, en n’autorisant pas sa monnaie à fluctuer librement sur le marchés des changes.

Il est donc évident que la guerres des monnaies a déjà commençait. Espérons que le prochain G20 permettra d’apaiser les tentations de la dévaluation compétitive trop marquées.

En poussant le raisonnement un peu plus loin, nous pouvons nous poser la question suivante :

Les banques centrales sont-elles encore indépendantes ou deviennent-elles des instruments politiques ?

Une question qui en amène une autre : Les banques centrales doivent-elles rester indépendantes alors qu’il y a quelques décennies les gouvernements étaient responsables de la politique monétaire ?

Une période durant laquelle les banques centrales prêtaient directement aux États alors qu’aujourd’hui les banques centrales prêtent aux banques qui ensuite prêtent aux États, sucrant au passage leur part…

Le système monétaire mondial doit être repenser, cela ne fait aucun doute car nous bel et bien en train d’assister à une guerre des monnaies à ciel ouvert. Le dossier avait été mis sur la table par Nicolas Sarkozy lors de la présidence Française du G20 mais cela n’avait évidemment pas abouti.

La BCE ne semble pas prête actuellement à se donner un objectif de taux de change comme de nombreux gouverneurs l’on souligné très récemment mais il ne faudrait pas non plus que la Zone Euro soit de nouveau le dindon de la farce…

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