Chypre peut-elle raviver la défiance des marchés vis-à-vis de la Zone Euro ?

(ProfesseurForex.com) – Chypre est la troisième plus petite économie de la zone euro en terme de PIB (seulement devant celui de Malte et de l’Estonie, mais celui de cette dernière devrait progresser plus vite que le sien cette année), représentant moins de 0,2 % des exportations de la zone. Pourtant, nous croyons qu’elle est suffisamment grosse pour créer des problèmes. Le pays a besoin de toute urgence d’un financement extérieur et en a fait la demande à la troïka (UE/FMI/BCE) l’été dernier. Entre temps, le montant en question s’est élevé à 17,5 Mds € (soit 100 % d PIB).

Cependant, la conditionnalité (ensemble des conditions exigées par les grandes organisations économiques internationales en échange de prêts aux pays en développement, plus récemment en difficulté) allant de pair avec cette demande n’est pas bien accueillie par l’actuel gouvernement chypriote, pendant que les hommes politiques du cœur de la zone euro ont commencé à pointer du doigt la faible taux d’imposition de la petite économie, ainsi que le modèle très souple de régularisation bancaire.

Il en émerge la menace d’un autre blocage, dans lequel un petit pays remet en question l’homogénéité même de la zone euro, alors que les hommes politiques des pays créanciers placent leurs espoirs dans un nouveau gouvernement, plus ouvert au discours. En l’état actuel des choses, les marchés financiers auront suffisamment de temps pour de nouveau montrer des signes de nervosité.

Des analogies à d’autres cas d’urgence…

L’effondrement de l’économie grecque est en partie une conséquence d’un effet de levier excessif et d’un secteur public dysfonctionnelle. L’Irlande a souffert de l’éclatement de sa bulle immobilière et de l’implosion de son système bancaire de taille trop importante.

Chypre, à son tour, se présente comme une combinaison d’héritages similaires. De forts liens de commerce avec le continent grec ont conduit à l’effondrement du niveau d’affaires lorsque la demande grecque s’est brutalement contractée. Les recettes fiscales se sont évaporées suite à cela.

Au même moment, la contraction des prix immobiliers et la dépréciation massive de dettes, correspondant à des actifs bancaires (au départ, des prêts accordés à des emprunteurs grecs et des obligations souveraines grecques) ont conduit à augmenter les besoins en financement extérieur au sein du secteur financier chypriote, l’un des plus importants dans la zone euro, en comparaison relative au PIB, ce qui rapproche l’île de l’Irlande sur ce point.

Les bénéfices bancaires disparaissant, les recettes fiscales ont été encore plus amenuisées, causant finalement une détérioration massive de la situation fiscale de Chypre.

…en plus d’une quantité assez importante de problèmes créés par le gouvernement lui-même.

A l’horizon de la mi-année 2012, des banques de plus grande taille comme la Banque de Chypre ou la Banque Populaire de Chypre ont chacune rendu compte de prêts accordés à des emprunteurs grecs, dont le montant total dépassait le PIB de Chypre. De plus, ces institutions ont subi le Greek PSI (Private Section Involvement), c’est-à-dire la décote des obligations souveraines grecques réalisée lors de la restructuration de la dette grecque le 21 Mars 2012. Pourtant, renflouer le secteur bancaire du pays est devenu difficile pour le gouvernement depuis que Chypre a perdu l’accès au financement par les marchés en Avril 2011.

Les notations actuelles sont CCC+ par S&P, B3 par Moody’s and BB- par Fitch. Malgré le fait que le déficit budgétaire de 2011 et la masse de dettes excédant assez largement le seuil imposé par le traité de Maastrich (ratio déficit budgétaire/PIB : 6,5 %, dettes/PIB : 71,5 % (61,5 % en 2010)), il n’y a quasiment pas eu besoin d’efforts de la part de l’administration du président Dimitris Christofias pour diriger dans un contexte de dettes excessives. Sans un prêt de 2,5 Mds € à 4,5 % du gouvernement russe, le gouvernement chypriote aurait été forcé, et ce bien plus tôt, à avoir recours à un plan de la troïka.

Bien que le gouvernement russe n’ait pas demandé d’appliquer de conditionnalité, c’est précisément ces forts liens (certains diraient cette dépendance) entre M Christofias ayant fait ses études à Moscou, les 15 000 immigrants russes installés à Chypre (soit l’équivalent de 2 % de la population greco-orthodoxe principalement installée au sud), l’intérêt géostratégique potentiel de la Russie et le blanchiment des fonds Russes qui génèrent des inquiétudes dans les capitales de l’Union Européenne.

D’un point de vue de l’UE, être trop dur envers Chypre en termes de conditionnalité augmenterait le risque d’une influence russe encore plus profonde. Mais être trop laxiste pourrait risquer de créer des accusations de la part des payeurs d’impôt du cœur de l’UE, se sacrifiant pour renflouer des dépôts d’oligarques russes dans des banques chypriotes.

Par conséquent, on peut soutenir qu’il est nécessaire d’exercer une autre stratégie politique de la corde raide. L’opinion publique dans les pays créanciers serait pétrie de discours visant à convaincre de mettre plus de bonne volonté à accepter un renflouement, pendant que les créanciers utilisent des moyens de pression afin d’améliorer la transparence au sein du système financier et convaincre la troïka que les accusations comme quoi Chypre facilite le blanchiment d’argent sont infondés. Etant donné que le gouvernement chypriote sortant, dirigé par M Christofias, qui ne se représentera pas aux prochaines élections, a jusqu’ici refusé de mettre en œuvre la conditionnalité accepté dans le Memorandum d’entente, il est probable que les créanciers préféreront attendre que le nouveau gouvernement soit en fonction. Par conséquent, nous ne nous attendons à aucune décision de la part du rassemblement de l’Eurogroupe le 21 janvier. Toute solution avant le premier tout de l’élection (prévu le 17 février) semble peu probable.

Jusqu’à ce moment, les investisseurs auront beaucoup de temps pour montrer des signes de nervosités. Le cas chypriote dispose de tous les ingrédients pour encore une fois soulever des questions à propos de la cohérence du projet européen, comparable à (quoi que moins dangereux) l’hystérie générée par une possible sortie de la Grèce, une année auparavant.

Jusqu’à ce qu’un renflouement soit autorisé, la banque centrale de Chypre continuera certainement de financer l’économie. En septembre 2012, alors au pic, son bilan s’était dilaté de 64 % depuis Janvier 2011.

Le plan d’assistance d’urgence de liquidités de la banque centrale à destination du système bancaire a décollé de 150 M€ en Mars 2012 à 9,9 Mds€ (55 % du PIB) en septembre.

Même malgré la petite taille de son économie, Chypre a par conséquent le potentiel de devenir un catalyseur qui pourrait achever le sentiment d’autosatisfaction amenée par le « plan Draghi » au second semestre de l’année dernière. Si cela s’avère être correct, cela signifierait probablement que les spreads des économies périphériques augmenteraient dans de larges proportions et que les actifs à risque pourraient être sujets à plus de volatilité, particulièrement au vu de l’élection italienne et des besoins en financement de l’Espagne.

Mais rappelons que l’économie Chypriote reste marginale…

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