La BCE veille sur son Bilan mais le temps n’est pas venu de rapatrier les liquidités injectées

(ProfesseurForex.com) – Rien de plus facile que d’injecter des liquidités dans les marchés financiers. Mais réabsorber ces liquidités des banques droguées au LTRO, SMP, (OMT bientôt) est une autre paire de manche. Pourtant, Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, affirme que son institution dispose des « instruments » adéquates.

Interrogé sur BFM Business, il a souligné toutefois que le moment n’était pas venu de le faire.

« Lorsque la croissance sera revenue dans la zone euro, il faudra être vigilant sur les risques de bulle, par exemple vérifier que cet argent ne va pas se mettre sur le marché immobilier ou sur les marchés financiers d’une manière qui crée de l’instabilité », a-t-il dit.

Ces déclarations rassureront les chantres de l’inflation et, donc, la Bundesbank, qui craint que le gonflement du bilan de la BCE, sa politique anti-crise, ne crée de l’inflation.

Rappelons que la BCE a prêté en début d’année dernière ainsi qu’à la fin de l’année 2011, plus de 1000 milliards d’Euros au secteur bancaire, pour une maturité exceptionnelle de 3 ans. Les banques pensent d’ailleurs à rembourser ces prêts de manière anticipé… Une bonne nouvelle d’après le gouverneur Nowotny qui interprète ces retours de liquidité comme un signe positif (Cela pourrait signifier que le marché interbancaire se dégèle… ou alors que ces liquidités ne trouvent pas preneur dans l’économie réelle… ce qui ne serait pas un signe de retour à la croissance…).

Le gouverneur Coeuré pense lui que le remboursement anticipé du LTRO n’aura pas d’impact sur les taux à court terme. Une bonne nouvelle si cela s’avère juste car l’Euribor, après avoir été manipulé par les banques (scandale du Libor), continue de se détendre, preuve que les banques se refont confiance, se tournant donc de moins en moins vers la BCE pour leur financement.

Rappelons également que la BCE a bien spécifié que les achats de dette des pays en difficulté de la Zone Euro du programme OMT (Outright monetary transaction) seraient « stérilisés » (en d’autres termes, ces injections monétaires dans la dette devront être suivies par un drainage de liquidités autre part par sur les marchés financiers afin de ne pas créer d’inflation en gardant le bilan de la BCE intact).

[[[Rappel]]]

[[[Le gouverneur s’était entretenu dans une longue interview pour les Echos en fin d’année dernière:

La BCE a indiqué qu’elle serait désormais un « créancier comme les autres » lorsqu’elle achète de la dette dans le marché. Ce principe va-t-il être formalisé ?

Benoît Coeuré : « Oui, quand nous publierons la décision qui institue notre programme d’achats, nous préciserons ce point dans le préambule. L’idée est que la BCE ne cherchera pas à avoir un statut privilégié en cas de restructuration d’une dette qui lui serait imposée. Nous sommes conscients que ce principe renforce l’efficacité de notre dispositif, car les investisseurs ne craindront plus d’être les seuls à payer en cas de difficulté d’un Etat sur sa dette. »

Mais le traité interdit à la BCE de subir des pertes…

Benoît Coeuré : « Le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne stipule en effet que la BCE ne peut financer les Etats, ce qui implique qu’elle ne peut pas volontairement abandonner ses créances sur un Etat. Cela n’empêche pas qu’elle puisse être contrainte de subir des pertes sur des titres qu’elle a achetés. Dans ce cas, qui, je le rappelle, est hypothétique, la BCE serait mise à contribution de la même manière que les investisseurs privés. »]]]

« A un moment, il faudra que la Banque centrale européenne commence à retirer cet argent, à dégonfler son bilan, à revenir à des politiques plus traditionnelles », a-t-il ajouté. Mais le gouverneur Français assure que le temps n’est pas encore venu.

Ainsi, si la BCE reste prudente quant au gonflement de son Bilan et ne voit pas le remboursement des prêts LTRO comme un mauvais signe, les gouverneurs ne sont pas encore prêts à forcer la main aux banques pour donner un tour de vis monétaire en rapatriant les liquidités injectées via une offre monétaire réduite lors des prochaines opérations normales de refinancement.

Cette conclusion est évidente car le programme OMT n’a même pas encore été activé, les pays en difficulté redoutant la perte de souveraineté qui en découlerait selon certaines sources. D’autre part, la croissance est encore loin d’être de retour, cette dernière s’effaçant petit à petit en Allemagne et étant inexistante chez les trois autres poids de la Zone Euro que sont la France, l’Italie et l’Espagne (la banque centrale Italienne a d’ailleurs récemment déclaré que le PIB avait reculé de 1 % en 2012).

Retrouvez ici un discours de Benoît Coeuré qui explique les dysfonctionnement des marchés financiers (En Anglais). Tant que ces dysfonctionnements demeureront, nous ne pourront pas vraiment parler de « début de sortie de crise » selon nous.

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