L’Avis de PFX: La crise de la Zone euro n’est pas terminée, il est bien trop tôt pour crier victoire

(ProfesseurForex.com) – Les conditions financières en Europe s’améliorent, c’est un fait, et l’impression d’une ruine imminente s’est incontestablement dissipée. Certains, lors de commentaires, ont osé dire que la crise économique européenne touche à sa fin.

Nous pensons de notre côté qu’il est encore bien trop tôt pour crier victoire.

Il est vrai que certains indicateurs déterminants ont l’air de s’améliorer. L’été dernier, les gouvernements au bord de la faillite ont vu les taux de leurs dettes souveraines retomber à des niveaux soutenables. Il y a 6 mois, le taux obligations à 10 ans espagnoles atteignait 7 % (il est aujourd’hui de 5,1 %). Celui des obligations à 10 ans italiennes est passé de 6,5 % à 4,2 %. De plus cette semaine, l’Italie a vendu 8,5 milliards d’euro (soit 11,5 Mds $) d’obligations à 6 mois au taux de 0,731 %, taux le plus bas en presque trois ans. Aujourd’hui, Rome a également émis des obligations à 10 ans, au taux le plus bas depuis octobre 2010.

Autre signe de retour à la normale, la Banque Centrale Européenne (BCE) vient d’annoncer que certains des prêts d’urgence bon marché (LTRO) accordés aux banques de la zone euro seraient remboursés plus tôt que prévu. La mise à disposition de ces fonds était nécessaire car la capacité des banques à refinancer leur dette était mise en doute, et le marché interbancaire commencer à montrer une situation de blocage. Le remboursement en avance suggère que les banques pensent avoir accès à des ressources financières via les canaux normaux sans que cela soit problématique.

C’est encourageant. C’est également un rappel que les calamités financières ont un caractère auto-validant. Lorsque la confiance s’est volatilisée l’année dernière, les taux d’intérêts ont augmenté et les situations fiscales des Etats, alors viables, sont devenues intenables.

Maintenant que ce sentiment s’est amélioré, les taux ont chuté et les dettes souveraines ont presque l’air accessibles.

Malheureusement, ce que la confiance peut apporter, le manque de confiance peut tout aussi soudainement l’ôter. Et cela est particulièrement le cas si les problèmes sous-jacents n’ont pas été résolus. En Europe, c’est le cas. D’une certaine façon, les conditions se détériorent.

Les prévisions économiques du Fonds Monétaire International (FMI) concernant les perspectives européennes ont encore été abaissées : recul du PIB de 0,2 % en 2013 (la prévision précédente prévoyait 0,1 % de croissance) et une très lente reprise (+1 %) en 2014.

Ce chiffre, aussi lugubre soit-il, est plus flatteur qu’en réalité car il réunit à la fois les pays solides et les pays en difficulté au sein d’une seule statistique. Le FMI s’attend à ce que la France et l’Allemagne affichent une croissance positive en 2013, aussi faible soit elle, mais sa prévision vis-à-vis de l’Espagne et de l’Italie reste très pessimiste : recul du PIB de 1,5 % en Espagne (où le chômage atteint déjà plus de 25 %), et de 1 % en Italie (où les chômeurs atteignent presque 11 % de la population active).

Par conséquent, ces perspectives viennent remettre en question la stabilité politique de l’Europe ainsi que la reprise économique.

Grâce à (ou à cause de…) la monnaie unique, la politique monétaire ne peut pas faire grand-chose pour remettre les économies en difficulté sur la bonne voie. Les politiques fiscales continuent d’augmenter les disparités au sein de la zone euro plutôt que de les limiter. Les économies faibles, mises sous pression afin qu’elles assainissent leurs finances, fournissent toujours de gros efforts pour réduire les dépenses et augmenter les impôts (leur PIB se contractant alors encore un peu plus).

Leurs banques sont également soumises à un stress supérieur à la normale (malgré un remboursement en avance des prêts accordés par la BCE), rendant ainsi les obtentions de crédit pour les ménages et les entreprises plus difficiles.

Le contraste avec les Etats-Unis est saisissant et ne montre aucun signe de diminution. L’Europe a subi une contraction de la croissance plus importante et une augmentation plus marquée du chômage.

Au sein de l’UE, les limites nationales inhibent toujours la capacité de rebondissement économique (en entravant par exemple la mobilité du travail). En conséquence, la reprise, bien que lente, se fait sentir aux Etats-Unis et pas en Europe.

Afin de changer ceci, les dirigeants européens devraient s’occuper des questions n’étant pas encore réglées. A l’heure actuelle, les transferts budgétaires des économies fortes aux économies faibles aideraient à lisser le cycle économique et à diminuer les troublantes disparités au niveau de la croissance et du chômage à travers l’UE. Des marchés du travail plus flexibles sont également vitaux. De plus, le projet d’union bancaire, conjoint à une meilleure régulation, renforcerait les marchés financiers et aiderait à rendre l’amélioration du sentiment de confiance plus durable.

Cependant, les différents gouvernements sont toujours indécis. L’assouplissement des conditions de crise à un inconvénient : cela renforce leur tendance à n’agir que lorsqu’ils y sont contraints. Les décisions de l’été dernier dont la relance de la zone euro ont, comme Mario Draghi l’a mentionné, donné un moment de répit aux dirigeants européens. Il serait plus que dommage de ne pas le mettre à profit…

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