Les Italiens votent dimanche : Le point sur les différents scénarios et leurs conséquences sur les marchés

(ProfesseurForex.com) – L’Italie renouvelle son parlement ce dimanche. Ce scrutin semble être décisif pour l’Europe en raison de la remontée de Silvio Berlusconi dans les sondages.

Le personnage à la réputation sulfureuse hante les pensées des gouverneurs européens.

Toutes les puissances européennes se sont unies pour bannir ce personnage de la scène politique italienne à commencer par le pape, la commission européenne, Angela Merkel, François Hollande, sans oublier que les investisseurs sur les marchés financiers n’ont plus foi en lui.

Il y a encore quelques mois, un éventuel « come-back » de Silvio Berlusconi au pouvoir était impensable, lui qui est condamné pour fraude fiscale et montré du doigt par les principaux acteurs politiques européens.

C’était sous-estimé la ténacité de ce personnage qui rappelons le, a dirigé le pays 4 fois sur une période de 9 ans au cours des 20 dernières années.

Le plus inquiétant reste que Silvio Berlusconi soit en train de rattraper son retard face au centre-gauche. En effet, Berlusconi comptait 15 points de retard sur le centre-gauche au mois de novembre, ce retard s’est atténué à 5 points dans les derniers sondages.

Notons que ces derniers sondages datent de deux semaines, ces résultats sont inquiétant pour l’Europe mais peuvent être justifié par une présence médiatique massive, une mobilisation de son électorat à toute épreuve et un discours anti-austérité.

Rappelons que contrairement à la gouvernance de l’Allemagne ou même de la France, l’Italie doit disposer d’une majorité dans les deux chambres (parlement et Sénat) pour être gouverné.

Aujourd’hui il semblerait que le retour de Berlusconi pose de sérieux soucis à la future gouvernance du pays étant donné qu’il est fort envisageable que celui-ci gagne la majorité au Sénat grâce à ses bastions favoris comme la Lombardie, la Campanie, La Latium et la Sicile. S’il remporte plusieurs de ces régions phares, son adversaire du centre-gauche Pier Luigi Bersani sera privé de majorité au Sénat et donc de gouvernance totale.

Silvio Berlusconi a donc troublé la campagne électorale, il a réussi à faire trembler les marchés et les institutions européennes. Rappelons qu’en novembre 2011, grâce à l’appui de la BCE, ils avaient réussi à se débarrasser de lui au conseil des ministres pour le remplacer par Mario Monti, un technocrate chargé de rétablir la confiance.

Mario Monti a réussi en partie étant donné que le « spread », la différence entre les taux allemands et italiens à 10 ans, s’est réduit. Ensuite il a réformé le pays et s’est surtout efforcé de rétablir l’équilibre des comptes publics (hors services de la dette) en augmentant les impôts, notamment le très impopulaire impôt foncier IMU et la TVA. M.Monti a aussi effectué des découpes dans les dépenses publiques dans les secteurs de la santé, du transport, et de la fonction publique.

Ces pratiques et résolutions ont été félicitées et encouragées par Bruxelles et les marchés financiers, l’espoir d’une croissance future est réapparu. A contrario, les Italiens ont moins apprécié, les réformes à tout va, les hausses d’impôts et de TVA ont suscités des manifestations.

Il est bon de noter que ces réformes ont malgré tout engendré des effets récessifs prouvés. En effet, l’Italie a subi fin 2012 son sixième trimestre consécutif de contraction du PIB.

Le PIB italien s’élève désormais à -2,3% sur un an, de quoi inquiéter la population italienne sachant que selon les prévisions économiques la croissance ne devrait revenir qu’en 2014.

De ces faits les Italiens ne se réjouissent pas vraiment de l’entrée en politique de Mario Monti, nous pouvons même affirmer que pour la population, cette entrée a été un véritable échec.

C’est Silvio Berlusconi qui interprète cette défaillance comme une réelle opportunité, il a alors fait campagne contre le président du conseil et sa politique liée aux résultats de l’Allemagne.

Les autres adversaires ont eux aussi profité de l’occasion comme Beppe Grillo, libertaire et autoritaire, populiste et innovant, il a su mobiliser les italiens frappés par la rigueur autour d’un discours contre les élites politiques traditionnels et «l’Europe de Bruxelles».

Son parti, nommé «Mouvement 5 Etoiles», pourrait atteindre 15 % des voix et devenir le troisième parti du pays. Enfin, l’extrême-gauche, regroupée autour d’un magistrat anti-mafia, Antonio Ingroia, semblait devoir faire un bon score, peut-être 5 à 6 % des voix (contre 2 % il y a 5 ans) au détriment du centre-gauche.

De ces réflexions, 4 situations sont envisageables en vue des élections :

- La première hypothèse serait que la coalition de Pier Luigi Bersani arrive en tête et emporte la majorité des sièges au Sénat. A ce moment il formerait un gouvernement disposant d’une majorité claire. Les marchés seraient rassurés, mais ce nouveau gouvernement serait sous surveillance. Il lui faudra montrer sa volonté de réformer encore le pays. Cependant certains politiciens du centre-gauche comme Nicchi Vendola réclament un relâchement de la rigueur, ces contradictions au sein du même parti pourraient avoir des répercussions sur le spread.

Notons que ce scénario semble de moins en moins probable en vue des derniers sondages.

- La deuxième hypothèse est certainement la plus probable mais également la plus attendue. Il s’agirait d’une coalition Berlusconi-Monti dans laquelle M.Monti disposerait du libre arbitre concernant la formation du gouvernement, autrement dit il entrerait au pouvoir. Cette situation serait rassurante pour les marchés financiers qui y verraient un gage de stabilité et de réformes.

- La troisième hypothèse est moins réjouissante à tout niveau, il s’agirait d’un blocage institutionnel si la poussée de Silvio Berlusconi ne lui permet pas d’obtenir la majorité à la chambre, mais lui assure le succès dans la plupart des régions clés. Dans ce cas, Mario Monti ne disposerait pas de suffisamment d’élus pour former une majorité avec le centre-gauche au Sénat. Il serait alors impossible de former un gouvernement. Une crise politique pourrait avoir lieu, il faudrait trouver un nouvel homme pour gérer le pays en attendant sans doute de nouvelles élections.

La crise européenne serait alors réactivée … Les taux pourrait s’envoler, contraignant l’Italie à se tourner vers le MES pour bénéficier du programme OMT de rachat de titres de la BCE. Cette situation est loin d’être improbable si Silvio Berlusconi s’approche du centre-gauche de très près et mobilise son électorat dans le sud et en Lombardie.

- La quatrième et dernière hypothèse serait celle d’un scénario catastrophe, imaginons que la coalition berlusconienne l’emporte finalement à la chambre et que le Sénat n’ai pas de majorité. On reviendrait à la situation précédente mais avec un Silvio Berlusconi en position de force. Un accord avec Mario Monti ou Beppe Grillo semble peu probable. Les marchés seraient en panique et les investisseurs vendraient massivement la dette italienne. La crise européenne serait réactivée, une solution d’urgence devrait être trouvée. Ce scénario semble encore peu probable, mais il n’est pas à exclure.

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