Malgré le récent relèvement du plafond de la dette, la notation AAA des Etats-Unis reste en danger

(ProfesseurForex.com) – Le retrait de la menace républicaine de ne pas relever le plafond de la dette, ce qui aurait risqué de plonger les Etats-Unis dans une crise de la dette a empêché plus d’une agence de notation de dégrader la note souveraine du pays, mais cela ne veut pas dire que les Etats-Unis sont soudainement saufs.

Le pays, malgré l’élévation des niveaux de dettes, a gardé sa notation triple A auprès de Moody’s et Fitch. Rappelons qu’elle a avait été abaissé d’un cran en 2011 par Standard & Poor’s après une bataille chaotique pour déterminer le plafond de la dette. Lundi, Fitch a déclaré que l’extension récente du plafond de la dette élimine le risque de dégradation imminente.

Cependant à plus longue échéance, il est probable que les signes émergents d’une collaboration entre législateurs ne suffisent pas à empêcher d’autres dégradations de la dette américaine, utilisée comme indicateur de référence en matière de coûts d’emprunts et considérée comme le placement sûr par excellence.

Une dégradation n’est pas déclenchée selon une formule exacte, mais les déclarations et les rapports publiés par les agences de notation donnent quelques indices. En particulier, le ratio Dette américaine / PIB, actuellement à environ 68 %, est meilleur que celui du Canada noté triple A, mais bien moins bon que celui de l’Australie ou de la Norvège.

« Les négociations du déficit budgétaire à moyen terme et la trajectoire que la dette doit suivre sont les éléments les plus importants dans notre système de notation » a déclaré Steven Hess, analyste en chef de la dette souveraine américaine au Service Investisseurs de Moody’s.

« Nous recherchons un plan convaincant de réduction des ratios de dettes et ne pensons pas que ce soit encore le cas. »

Le gouvernement américain a rebondit de crise en crise ces dernières années, à commencer par la bataille du plafond de la dette en 2011, suivi l’an dernier par la menace de la « falaise budgétaire », comprenant des augmentations d’impôts majeures et des réductions de dépenses budgétaires. On pensait également que les républicains imposeraient des coupes budgétaires draconiennes en refusant de rehausser la limite de dette, simple question de procédure jusque récemment.

Cependant, ce ne sera pas suffisant tant que les niveaux de dettes ne seront pas connus.

Moody’s a déclaré que des mesures spécifiques pour réduire le ratio dette/PIB au fil du temps confirmeraient la crédibilité du AAA américain et écarteraient le danger d’une dégradation. Les accords budgétaires qui n’iraient pas dans ce sens, ou trop lentement, mettront en péril la notation.

L’agence de notation a déclaré qu’elle révisera sa perspective à stable ou au contraire qu’elle effectuera une dégradation, selon que les questions concernant le budget ont été résolues ou non.

Selon Nikola Swann, l’un des responsables des notations de dettes souveraines à S&P, l’autre risque potentiel est qu’à la place de se retrouver dans une impasse, les deux parties politiques reporte la prise de décisions difficiles, de la même façon qu’ils l’ont fait par le passé.

« Les reports à court terme sont une chose », a déclaré Swann.

« Mais lorsque vous commencez à parler d’années, cela soulève la question suivante : Cela sera-t-il un jour mis en œuvre ? »

L’accord le plus récent, une extension de trois mois du plafond de la dette alors que le Sénat définit en ce moment même un budget, a un impact trop faible pour dissiper les deux risques majeurs pesant sur la notation américaine : l’augmentation de la dette et le dysfonctionnement du système politique.

Les trois plus grandes agences de notation ont toutes des perspectives négatives vis-à-vis de la note des Etats-Unis. Hess a toutefois déclaré que Moody’s n’a pas de « chiffre précis » quand il est question du ratio dette/PIB.

Moody’s a déclaré dans un rapport publié en Septembre qu’il serait plus probable que la notation Aaa reste intacte si le ratio dette/PIB fédéral atteignait un pic en 2014 et qu’on projetait ensuite qu’il chute en dessous des 60 % d’ici le début des années 2020, en conséquence d’un accord budgétaire. Mais si on projetait qu’il augmente à environ 90 % dans ce laps de temps, « une dégradation de la notation serait plus probable. »

Selon le CIA World Factbook (publication annuelle officielle de la CIA détaillant chaque pays du monde sous de multiples points de vue), la dette publique américaine s’est élevée à 67, 8 % du PIB et la mesure clé du plafond de la dette suit un chemin pour le moins incertain. La dette australienne s’élève actuellement à 26,7 % de son PIB et le Canada est à 87,4 %, a titre de comparaison dans le club désormais assez fermé des pays notés AAA.

Néanmoins, l’économie américaine connait au moins une croissance stable, pour ne pas dire qu’elle avance à bonne allure. Le Fonds Monétaire International (FMI) estime la croissance du PIB a 2 % cette année et à 3 % l’année suivante. La croissance économique aide de façon générale à réduire les ratios dette/PIB car les recettes fiscales augmentent et plus de biens sont produits.

Si la croissance était décevante, un taux de croissance plus faible dans les années à venir rendrait « l’acquittement des dettes » plus difficile.

A contrario, le Royaume-Uni, noté triple A, est proche de retomber en récession pour la troisième fois en 5 ans et on prévoit que l’Allemagne, la machine a la mécanique bien huilée de la zone euro, n’aura que 0,6 % de croissance en 2013 et 1,4 % en 2014.

Bien que Moody’s soit agnostique sur la combinaison hausse d’impôts – réduction des dépenses, un resserrage de boulons (si ce n’est pas plusieurs) pourrait rapidement avoir lieu avec les coupes budgétaires automatiques prévues pour être lancées en Mars.

La soit disant restriction budgétaire pourrait fonctionner comme un régime draconien. Cela procure un effet amincissant accompagné d’un choc potentiellement rapide et brutal. Que cela soit bon ou mauvais pour la note souveraine est une donnée inconnue.

Stan Collender, un expert du domaine budgétaire, a posé la question suivante : « L’entrée en vigueur de la restriction budgétaire sera-t-elle une indication de succès ou d’échec du système politique ? » « Cela pourrait être considéré comme un succès, car, et bien, le déficit diminue. »

« La conclusion d’accords de dernière minute créant un terrain fertile à la formation d’une crise budgétaire artificielle…survenant d’une façon ou d’une autre six mois plus tard n’est pas une caractéristique que nous pensons pouvoir associer à une notation souveraine triple A. » a déclaré David Rilley, directeur général des dettes souveraines chez Fitch.

Le calme relatif qui s’est instauré à Washington ne pourrait être qu’un cesser-le-feu temporaire. Les querelles entre les membres du gouvernement ont conduit S&P, le 5 Août 2011, à abaisser la note des Etats-Unis à AA- . Les trois plus grandes agences de notation ont bien fait comprendre qu’une politique fiable reste un facteur essentiel au maintien de notations élevées.

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