Non, le Japon et les Etats-Unis ne sont pas en train de lancer une guerre des devises, et l’Europe devrait même imiter l’action de ces pays

(ProfesseurForex.com) – Les dirigeants des principales économies mondiales les plus importantes se rencontrent aujourd’hui et demain à Moscou afin d’éviter une guerre. Pas une au sens classique avec ses balles et ses obus, mais une « guerre des devises ». Les ministres des finances et les banquiers centraux craignent que leurs pairs du G20 dévaluent les devises de leurs pays respectifs afin de stimuler les exportations et faire progresser leurs économies au détriment de celles de leurs voisins.

Les pays émergents, menés par le Brésil, ont d’abord accusé les Etats-Unis d’être les instigateurs d’une guerre des devises en 2010 lorsque la Réserve Fédérale a émis un grand nombre d’obligations avec de la monnaie nouvellement créée. Cet « Assouplissement Quantitatif » (Quantitative Easing ou QE en anglais) a fait affluer les investisseurs, en recherche de meilleurs retours sur investissement, dans les pays émergents, ceci étant accompagné d’une hausse de leurs taux de change. Cela est en train de s’aplanir au Japon. Shinzo Abe, le nouveau premier ministre, a promis un stimulus audacieux afin de relancer la croissance et venir à bout de la déflation. Il a également demandé à ce que le yen soit plus faible afin de soutenir les exportations. Ce dernier a dûment chuté de 16% face au dollar et de 19% face à l’euro depuis Septembre (lorsqu’il fut clair que M Abe était en lice pour le pouvoir).

Cependant les plaintes sont exagérées. Plutôt que de condamner les actions des Etats-Unis et du Japon, le reste du monde devrait en faire l’éloge, et la zone euro ferait bien de suivre cet exemple.

La guerre monétaire supposée implique que les Etats-Unis et le Japon contrôlent directement leurs devises afin de simuler les exportations et contenir les importations. Cela pourrait se terminer par un solde nul qui pourrait dégénérer vers le protectionnisme et l’effondrement du commerce. Mais ce n’est pas ce qui se produit actuellement. Lorsque les banques centrales ont quasiment abaissé leurs taux directeurs à court terme au niveau zéro et ainsi épuisé leurs leviers monétaires conventionnels, elles se tournent vers des moyens non-conventionnels tels que les QE ou persuadent les gens que l’inflation augmentera. Ces deux modes d’actions devraient abaisser les taux d’intérêt réels (ces derniers étant ajustés de l’inflation). Ceci est peut être actuellement en train de se produire au Japon.

L’objectif principal de cette politique est de stimuler les dépenses intérieures et les investissements. Habituellement, en tant que produit dérivé, les taux d’intérêts réels plus faibles affaiblissent également la devise associée, qui à son tour tend à réduire les importations. Mais si cette politique arrive à ranimer la demande intérieure, cela peut en définitive conduire à des importations plus importantes.

Une expansion monétaire agressive dans une économie importante souffrant d’une faible demande et une inflation maitrisée est bénéfique au reste du monde. Le Fonds Monétaire International (FMI) a conclu que les premières étapes de relâchement monétaire ont stimulé la production des partenaires commerciaux de 0,3%. Le dollar s’est en effet affaibli, mais cela a encouragé le Japon de se lancer à l’assaut de la déflation. La combinaison des stimuli monétaires des deux côtés du Pacifique a été un élixir puissant afin de restaurer la confiance des investisseurs mondiaux.

Les dirigeants européens, inquiets du fait que les exportations de leurs pays respectifs ne soient prises entre deux feux, ont nourri des idées excentriques telles que directement gérer la valeur de l’euro. Au lieu de ça, la zone euro devrait arrêter de râler et commencer à imiter le Japon. La Banque Centrale Européenne (BCE) devrait assouplir la politique monétaire, si besoin à travers un QE. Cela freinerait à la fois la montée de l’euro et permettrait de lutter contre la récession au sein de la périphérie de la zone euro.

Cette option n’est peut être accessible aux marchés émergents tels que le Brésil, où l’inflation reste un problème. Dans leur cas, un contrôle limité des capitaux peut constituer une défense à court-terme raisonnable contre l’effet déstabilisant de flux entrants de capitaux spéculatifs.

Si la position agressive du Japon envers le yen passait de supposée à une réelle intervention sur les marchés afin de pousser sa valeur vers le bas, alors le reste du monde aurait raison de condamner cette attitude. Tant que cela n’arrive pas, les autres pays devraient éviter les propos alarmistes infondés à propos d’une guerre des devises. Les ministres des finances et les banques centrales devraient lutter contre la stagnation économique et non pas entre eux.

C’est d’ailleurs vers cette conclusion que semble tendre le G20 qui se terminera demain. En effet, selon des fuites, le communiqué final du G20 ne s’inquiétera pas d’une possible guerre des devises, et ne fera pas mentions de recommandations prudentes, ou de désapprobation de l’action du Japon, par exemple.

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