Pourquoi la BCE va couper les vivres aux banques chypriotes dès lundi

(ProfesseurForex.com) – La zone euro perd patience et Chypre est désormais sommée d’accélérer le pas afin de trouver une solution qui conviendra à ses partenaires européens (ainsi qu’à la Russie…), faute de quoi les banques locales risqueront l’asphyxie dès lundi, au risque d’un effondrement financier complet.

En effet, la BCE a exercé jeudi une pression supplémentaire sur les dirigeants chypriotes en prévenant qu’en cas d’impasse, elle cessera le 25 mars de fournir une assistance de liquidités d’urgence (LEA). Ensuite, c’est la Troïka qui donnera le jugement dernier pour l’application du plan si les conditions sont réunies.

Pour mettre fin à l’assistance d’urgence prévue pour Chypre, la BCE a besoin des 2/3 des votes (15 sur 23 votants) lors du Conseil des gouverneurs. Certes, la Bundesbank, les banques centrales néerlandaises et finlandaises pourraient voter en ce sens mais obtenir les 2/3 des votes reste incertain pour le moment.

« La BCE réaffirme son engagement à fournir des liquidités dans le cadre des règles existantes » a affirmé la BCE après le vote du conseil selon Bloomberg. Une déclaration paradoxale alors que la BCE s’apprête à couper les vivres aux banques chypriotes dès ce lundi en cas d’impasse politique…

Alors pourquoi la BCE est elle aussi stricte sur les conditions d’application du plan d’aide ?

Certaines des potentielles raisons évoquées ci-dessous ont été revendiqué sur twitter hier après-midi par l’économiste de l’université de Dublin Mr Karl Whelan.

-Il est bon de savoir que les règles de la BCE stipulent clairement que le LEA (Liquidity Emergency Assistance) doit être fourni à des banques solvables mais manquant de liquidités. Notons que sans recapitalisation, les banques chypriotes seraient certainement insolvables.

-Le fait de continuer à fournir des liquidités aux banques chypriotes pourrait également constituer un énorme transfert de risque des déposants et des investisseurs à la BCE. Si un accord est conclu, il y a de fortes chances pour que le pays assiste à des fuites de capitaux conséquentes. Cela concerne plus particulièrement les déposants étrangers.

-Le plan de restructuration bancaire s’élève pour le moment à 9 milliards d’euros. Notons que le total des dépôts russes concentre entre 15 et 20 milliards d’euros. Si ces dépôts sont durement touchés, la plupart des investisseurs russes risquent de fuir les banques chypriotes dès la réouverture.

-Les dépôts russes représentent environ 30% des dépôts bancaires de Chypre, si les russes choisissent d’exporter leur épargne, la BCE serait obligée d’étendre massivement son programme LEA.

-Il faut alors garder à l’esprit que même si Chypre bénéficie d’une extension du programme LEA de la BCE, le risque de voir son économie s’affaiblir en vue des fuites de capitaux est omniprésent. Dans le pire des cas cela pourrait même remettre en cause la présence de l’île au sein de la Zone-Euro. Si ce scénario se produit, Chypre serait alors en défaut de paiement vis-à-vis des comptes Target II et laisserait la BCE avec une perte.

Rappelons qu’il est convenu dans la proposition de la Troïka que la banque centrale chypriote et son gouvernement soient tenues responsables en cas de non-remboursement. Cet accord vise à écarter la responsabilité de la BCE et de l’Eurosystème en cas de défaut de paiement et donc de perte pour la BCE. Il est judicieux de remarquer que ce scénario décrédibiliserait totalement la BCE étant donné qu’elle n’a toujours pas engendré de « perte » au sein de la Zone-Euro.

La BCE se retrouve donc profondément impliquée dans des tractations politiques (qui ne se cantonnent désormais pas seulement à la Zone Euro mais également à la Russie…), ce que précisément la banque centrale veut éviter à tout prix.

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