La baisse des taux obligataires masque-t-elle le risque d’un Krach majeur? Quelles conséquences sur le forex?

(ProfesseurForex.com) – Alors que certains n’hésitent pas à dire que la crise est terminée, force est de constater que les dernières prévisions économiques annoncent le contraire, avec notamment des prévisions de croissance sans cesse revues en baisse et un taux de chômage en constante augmentation en Europe et une dette qui ne cesse de s’alourdir aux Etats-Unis.

Les marchés obligataires semble décorrélés de la situation économique

Après une année 2112 difficile, où les taux de certains pays de la Zone euro se sont envolés, les taux se sont finalement détendus, certains pays parvenant même à emprunter à des taux négatif, comme la France et l’Allemagne, dans une situation économique qui semble pourtant ne pas s’être drastiquement améliorée. L’explication vient en parti du fait que Mario Draghi ait ouvertement menacé les marchés mais également en raison de l’Union bancaire (qui tarde à être mise en place…) ainsi que la réduction des déficits budgétaires depuis deux ans.

Pour les Etats-Unis, la situation est encore plus frappante : Les taux des obligations d’Etat américaines restent bas et relativement stable, quelles que soient les inquiétudes qui entourent la première économie mondiale. En effet, le pays bénéficie toujours d’un AAA chez Fitch et Moody’s alors que la dette est abyssale… La encore l’explication est simple : La FED vient remplacer les marchés privés et monétise la dette Américaine à tours de bras (40 Mds $ / mois).

Pour résumer, il ne semble pas qu’il y ait de corrélation logique entre la situation économique et les marchés obligataires, et on peut donc se poser la question de la possibilité d’un futur ajustement, qui pourrait prendre la forme d’un krach obligataire.

Une réponse dans l’histoire récente

Nous avons eu un douloureux exemple dans l’histoire récente, il y a moins de 20 ans, avec le krach obligataire de 1994.

On rappellera qu’en février 1994, la Fed avait décidé de remonter son taux directeur de 0,25%, passant de 3% à 3,25%, affolant les marchés, qui ne s’attendaient pas du tout à une telle décision. Les spéculations sur un potentiel drastique resserrement de la politique monétaire américaine avaient ensuite redoublées, avec raison, puisque au bout d’un an la Fed avait remonté son taux jusqu’à 6%, ce qui avait généré un véritable krach obligataire.

Vers une remontée du taux directeur de la Fed ?

Si le taux de chômage américain passe sous les 6,5% et que l’inflation reste modérée (le chômage et l’inflation reculent tout deux depuis le début de l’année), alors seulement la question d’une augmentation du taux directeur et de l’arrêt du QE sera sur la table étant donné l’actuel consensus au sein du FOMC.

D’ailleurs, on pouvait constater que la nouvelle baisse du taux de chômage US annoncée la semaine dernière a ravivé les craintes au sujet d’un krach obligataire. En effet, on pouvait constater un bond de 1,63% à 1,74% sur les obligations à 10 ans US suite à l’annonce, sans doute parce que le marché a considéré que la baisse du taux de chômage rapproche l’échéance d’une remontée du taux directeur de la Fed.

L’avis de Nouriel Roubini

Le problème est que la Fed s’est lancé à corps perdu dans une politique de taux bas et de QE effréné, et personne n’est capable d’expliquer comment la Fed va pouvoir retourner sa veste sans « mettre le feu », et elle va effectivement se retrouver tôt ou tard dans une situation où elle y sera contrainte.

“L’émission d’obligations de mauvaise qualité et risquées, sous des engagements contractuels vagues et à des taux d’intérêt excessivement faibles est en augmentation ; le marché boursier atteint de nouveaux sommets malgré le ralentissement de la croissance ; et l’argent se dirige en masse vers les marchés émergents à haut rendement. (…) La sortie des politiques de QE et de taux d’intérêt de la Fed sera redoutable : une sortie trop rapide provoquerait un krach de l’économie réelle, tandis qu’une sortie trop lente commencera par créer une énorme bulle et provoquera ensuite un krach du système financier.”

L’inflation, la menace dormante qui pourrait tout précipiter

Normalement, une politique monétaire laxiste telle qu’elle est pratiquée par la Fed et par la BCE, est génératrice d’inflation. Mais force est de constater que c’est loin d’être le cas pour l’instant. L’inflation réagit généralement avec un temps de retard (variable) à la politique monétaire. Soit, mais des épisodes d’hyper-inflation soudains de sont pas rare dans l’histoire économique…

Il va donc bien falloir un jour que la logique économique reprenne le dessus, et cette logique consisterait en une hausse de l’inflation, ce qui pourrait obliger les banques centrales à remonter leurs taux directeur, selon la tolérance des gouverneurs alors en place quant au niveau d’inflation tolérable.

Or, si les banques centrales se retrouvent au pied du mur et doivent remonter leurs taux avant que l’économie se soit rétablie, le coût de la dette va augmenter, et on sait à quel point ce sujet est délicat, tant en Europe qu’aux Etats-Unis, puisque la crise que nous traversons est essentiellement dû au dérapage des dettes et des déficits.

Les Etats seraient ainsi pris à la gorge, avec des risques de défaut de paiement, ou d’aggravation de l’austérité alors que l’on a pu constater ses impacts fortement négatifs sur la croissance…

L’autre menace d’une potentielle prise de conscience des investisseurs

Mais il n’y a pas que le remontée des taux directeur qui pourrait créer de graves turbulences dans l’économie et sur les marchés. Comme nous l’avons dit au début de notre reflexion, les rendements obligataires et l’état de l’économie réelle sont décorrélés.

Lorsque l’on achète une obligation, on prête de l’argent, et on est rémunéré en fonction du risque de ne pas récupérer cet argent, et il est très clair qu’actuellement, le ratio risque-rendement n’a rien de logique.

Les Etats n’ont jamais été autant endettés, et les risques que ces dettes ne soient jamais remboursées sont bien réels. Les obligations souveraines ont toujours été vues comme un placement sécuritaire par excellence, mais si on réfléchit bien, c’est depuis quelques années bien moins le cas, et les taux restent bas, grâce à des facteurs artificiel (les taux directeurs bas, et les achats massifs d’obligations par les banques centrales).

Il n’est donc pas exclu que les investisseurs en prennent conscience, et se mettent à se débarrasser de ces actifs « tant qu’il en est encore temps ». Et le fonctionnement du marché obligataire fait que lorsque les investisseurs vendent massivement des obligations, les rendements montent en flèche…

Quelles conséquences possibles d’un krach obligataire sur l’économie, les marchés et le forex

La réponse pourrait tenir en trois mots : Des conséquences catastrophiques. Les Etats européens font tout pour réduire leurs déficits et restent pris à la gorge malgré un coût de la dette raisonnable, avec des mesures d’austérité destinées à ralentir le dérapage qui ont eu de graves conséquences sur la croissance. Une hausse des taux obligataires aggraverait la situation, ferait grimper le coût de la dette, et des défauts de paiement étatiques en série pourraient survenir.

Aux Etats-Unis, la menace est encore plus sournoise, car le pays le plus endetté de la planète dispose d’une banque centrale qui est la plus active du monde pour peser sur les rendements des obligations d’Etat, ce qui permet au pays de ne pas avoir à appliquer une austérité aussi drastique que ce que l’on connaît en Europe.

Mais malgré la planche à billets de la Fed, même si théoriquement illimité, il reste le problème de l’inflation évoqué plus hauts (les achats massifs d’obligations par la Fed étant potentiellement générateurs d’inflation)…

Au niveau des conséquences sur le forex, on peut s’attendre à de sévères turbulences sur l’euro dollar. On peut néanmoins supposer qu’en cas de krash obligataire de part et d’autre de l’Atlantique, c’est le dollar qui sera privilégié, en raison de son image bien ancrée de valeur refuge, et en raison du système politique américain, qui rend la prise de décisions radicales plus facile qu’en Europe, où le processus de décision au sein du conseil Européen et de la BCE reste très chaotique.

La conclusion

Tout ceci ne reste que pure reflexion spéculative, mais les éléments évoqués dans cette analyse ne sont pas trompeurs, le risque d’un krach obligataire est bien réel. Or, si un krach obligataire peut être digéré (et encore avec difficulté) lorsque l’économie est en bonne santé, ce n’est pas le cas actuellement. Le pire peut donc être craint…

Copyright (c) 2013 ProfesseurForex.com. Tous droits réservés.