La crise se réveille, les marchés attendent un geste de Mario Draghi

(ProfesseurForex.com) – C’était il y a un an déjà, Mario Draghi déclarait devant un parterre d’investisseurs à Londres que la BCE « fera tout ce qu’il faudra pour protéger l’Euro, et croyez moi, ça suffira » ou encore, « l’Euro est I-RRE-VER-SIBLE ».

Trois mois plus tard, et au grand dam de Jens Weidmann, le gouverneur de l’influente Bundesbank, Mario Draghi lançait le programme OMT (Outright Monetary Transaction), venant remplacer le programme SMP (Securities Market Program), qui n’aura pas eu un franc succès dans sa bataille contre la hausse des taux malgré plus de 200 milliards d’obligations Italiennes, Espagnoles, Portugaises, Grecques et Irlandaises rachetées sur le marché secondaire.

Ce programme se distingue du précédent sur plusieurs aspects : Les montants de dette achetés seront rendus publics, les maturités des obligations absorbées ne dépasseront pas 3 ans, le conseil Européen devra donné son accord (l’Allemagne en gros et donc des fonds en échange de réformes) et surtout, le programme est « illimité » (un prêteur ultime de dernier ressort en d’autres termes). Un mot lourd de sens qui a permis de stopper la hausse des taux qui menaçait de faire imploser la Zone Euro.

La validation du MES (mécanisme Européen de stabilité) dans la foulée par la Cour constitutionnelle Allemande a également contribué à apaiser les marchés financiers. En effet, le MES est autorisé à racheter la dette des États directement sur le marché primaire (lors de la toute première émission obligataire de la part de l’état en question) alors que le programme OMT est limité par les traités qui interdisent à la BCE de financer directement les États membre de la Zone Euro.

Cour constitutionnelle vous dîtes ?

Les sages de Karlsruhe sont justement de retour et se penchent actuellement sur le programme OMT de la BCE (le verdict sera communiqué en septembre, soit après les élections Allemandes…). En effet, la simple annonce du programme a suffit pour inverser la tendance sans qu’aucun centime ne soit déboursé par l’institution de Francfort. Mais maintenant qu’une épée Damocles plane au-dessus de la BCE, son rôle de dissuasion n’agit plus, laissant le champ libre aux spéculateurs pour attaquer de nouveau les pays périphériques. Le taux à 10 ans Portugais vient de repasser au-dessus de 8 % aujourd’hui à cause de rumeurs de nouvelles démissions au sein du gouvernement…

Malheureusement, ce regain de tension sur les marchés obligataires ne se limite pas au Portugal. L’Espagne et l’Italie voient de nouveau leur taux remonter alors qu’ils avaient beaucoup corrigé au cours du premier semestre 2013 et cela est également en partie dû, soit dit en passant, au changement de cap de la FED qui songe désormais à réduire son QE mensuel, peut être dès le mois de septembre.

Mario Draghi va donc prendre la parole lors de la conférence de presse mensuelle demain pour la première fois depuis que Ben Bernanke a annoncé la fin proche du QE (si les projections économiques de la FED sont bonnes, et elles sont souvent étonnées…). Il aura fort à faire après sa conférence du mois de juin très terne. Le président de la BCE va devoir éclaircir les marchés quant aux outils dont dispose la BCE pour tenter de neutraliser cette crise qui s’éternise.

Alors, que reste-t-il dans la boîte à outil du gouverneur Italien ?

Pas grand chose étant donné que le programme OMT est gelé jusqu’à ce que la Cour de Karlsruhe rende son verdict :

-Une nouvelle baisse du taux directeur : ( à 0.50 %, autant dire qu’il ne reste plus qu’une cartouche, allez, peut être deux. Peu probable donc qu’elles soient utilisées tout de suite, d’autant plus que la Bundesbank et le gouvernement Allemand s’inquiètent de la hausse des prix immobiliers outre-Rhin)

-Un taux de rémunération des dépôts négatif : (Sa mise en place semble de plus en plus proche, la BoE ayant tout récemment abondé dans le même sens)

-Un nouvel assouplissement des règles en matière de collatéral : Que les banques apportent en garantie auprès de la BCE pour glaner de nouveaux financements afin de booster le crédit aux PME, le noyau dur des créations d’emplois ( L’Emploi étant devenu le « problème le plus urgent » en Europe, pour reprendre les mots d’Angela Merkel, sa mise en place est également proche.) Elle pourrait se faire également via une titrisation des prêts aux PME. D’autre part, cela permet aux banques de se débarrasser du risque en vendant ces prêts ensuite à d’autres investisseurs. La titrisation fut à l’origine de la crise des subprimes pour rappel…

-Un « super LTRO » : Le programme n’a pas eu un franc succès dans la bataille contre les spéculateurs et ne semble pas être dans l’air du temps. Mais un allongement des maturités des prêts (3 ans pour les deux premier LTRO) ou une baisse du taux d’emprunt (0.75 %) pourrait avoir son effet sur les marchés. Soulignons toutefois que les banques remboursent actuellement ces LTRO par anticipation… et que le risque demeure toujours dans le Bilan des banques, ce qu’elles cherchent à éviter.

Rendez-vous demain à 14h30 pour la conférence de presse de Mario Draghi. La volatilité sera probablement très importante.

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