Les trois risques majeurs qui pourraient replonger la Zone euro dans la crise cet été

(ProfesseurForex.com) – Il y a encore quelques semaines, beaucoup d’économistes et de responsables politiques n’hésitaient pas à affirmer que « la crise de la zone euro est terminée », ou que tout du moins le pire est derrière nous. Cependant, de récents événements sont venus apporter des raisons de douter de la pertinence de cet optimisme…

Désormais, certains économistes n’hésitent plus à faire entendre un avis contraire, et même le FMI joue de prudence, et a d’ailleurs récemment déploré que la zone euro est la seule région du monde où la croissance est à l’arrêt.

En effet, si on analyse la situation, plusieurs importants points menacent de replonger la zone euro dans une nouvelle phase de la crise. Il convient donc de faire le point sur ces dangers.

Le niveau toujours inquiétant des dettes publiques

A ce sujet, les critiques des politiques d’austérité mises en place en Europe sont nombreuses. Plusieurs économistes font en effet remarquer que les pays de la zone euro ont appliqué des coupes budgétaires au plus mauvais moment, alors que leurs économies n’étaient pas sorties de la récessions.

Il en a donc résulté un cercle vicieux, avec plus de récession, plus de chômage et plus de dette. A ce propos, Peter Bofinger, membre du conseil indépendant des économistes de la chancelière allemande Angela Merkel, avait déjà enfoncé le clou : « Les dirigeants européens sont en train de prendre conscience que leurs politiques de restriction budgétaire ont mené à la récession. Prenez le Portugal : c’est le bon élève de la zone euro, qui a appliqué rigoureusement les plans d’économies prônés par la Commission. Trois ans plus tard, il va beaucoup plus mal ».

Les agences de notation sont également inquiètes, même si c’est en partie pour les rassurer que les européens ont mis en place des mesures d’austérité : « Nous constatons un certain découragement face aux politiques d’austérité, qui ont eu peu d’effet sur la réduction du déficit et de la dette. Il y a un risque d’explosion sociale », confie en effet « non officiellement » Jean-Michel Six, chef économiste à Standard & Poor’s.

En clair, les efforts budgétaires n’ont pas débouché sur les résultats escomptés, et le fardeau des dettes publiques a continué de s’alourdir, avec le seuil fatidique des 100% du PIB largement dépassé pour la Grèce, L’Italie et le Portugal, et la situation est inquiétante.

Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, estime d’ailleurs que « c’est une illusion de penser que toutes ces dettes seront remboursées. En Europe, un certain nombre de pays ne sont pas solvables ».

Le risque de krach obligataire

Nous en parlions déjà dans un précédent article, le risque de krach obligataire est en effet bien réel, notamment si la Fed et/ou la BCE décident de resserrer leur politique monétaire. En effet, le marché semble inquiet depuis le 19 juin, avec l’annonce par le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Ben Bernanke qu’il allait réduire ses achats massifs de bons du Trésor.

Les taux américains on donc commencé à grimper, et ont entrainé ceux de la zone euro dans leur sillage.

Pour les Etats-Unis, la situation n’est pas très inquiétante, puisque la croissance redémarre, mais pour la zone euro, dont la croissance reste déprimée, c’est en revanche une autre histoire. De plus, il existe dans l’Histoire un précédent : En 1994, l’Europe avait en efffet subi une crise obligataire, car la Fed avait remonté ses taux brutalement.

Certes, la Fed agit aujourd’hui de façon plus modérée, et l’utilisation des forward guidance empêche par nature les grosses surprises, mais les marchés ne semblent pas en tenir compte, et affichent leur inquiétude.

En cas de krach obligataire, ce sont les banques européennes qui seraient les plus touchées, d’autant plus que certaines d’entre elles se sont fragilisées en achetant énormément de dette publique, les Etats les ayant en quelques sortes incitées à acheter leurs dettes en leur promettant de les sauver en cas de crise.

Cependant, même si le risque de krach obligataire est bien réel, beaucoup estime que c’est un risque qui ne se matérialisera pas, grâce à Mario Draghi. En effet, depuis ses propos retentissants de l’été dernier (« l’euro est irréversible »), le président de la banque centrale apparaît comme un véritable rempart.

C’est notamment l’OMT qui rassure, ce programme visant à ce que la BCE achète des obligations européennes. Cependant, c’est loin d’être une solution complète, puisque ne peuvent profiter de l’OMT que les pays demandant un plan d’aide européen. Ainsi, si l’Espagne ou l’Italie venaient à être prises pour cibles par les marché, la BCE ne pourrait strictement rien faire…

Le risque de l’éclatement de la bulle du crédit et de ralentissement de la croissance chinoise

La Chine inquiète elle aussi, notamment ne raison du « shadow banking », activité de certaines grandes entreprises qui mènent une activité bancaire, en empruntant de l’argent à de vraies banques pour ensuite prêter ces fonds à des PME.

Cette activité a en effet bondi récemment, et cette explosion du crédit a de quoi préoccuper. Les autorités vont donc devoir agir, ce qui va ralentir davantage la croissance, qui inquiète déjà les traders malgré le PIB en hausse de +7,5% affiché au second trimestre.

D’un point de vue purement financier, les risques restent toutefois limités, puisque la Chine dispose de réserves de change colossales dans lesquelles elle pourra piocher si elle devait en arriver à secourir ses banques.

Il reste cependant le problème de la croissance. Ce sujet est en effet particulièrement épineux, puisque la Chine est réellement la locomotive de la reprise globale (et donc également de celle de l’Europe). Or, la tendance est au ralentissement.

En effet, il est prévu que le PIB chinois progresse de 7,7% en 2014, soit 3 points de moins qu’en 2010, un recule qui équivaudrait à une récession dans un pays à l’économie mature.

La conclusion

Pour l’instant, aucun de ces risques ne représente un danger imminent (sauf peut être pour la dette européenne, remise sous le feu des projecteurs avec les soucis portugais), mais ce qui est sûr, c’est que si ceux-ci sont matérialisés, ce sont les pays les moins solides, ceux qui trainent à sortir de la crise qui seront les plus touchés, et la plupart de ces pays se trouvent dans la zone euro…

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