Les élections Allemandes vont-elles rendre à la BCE son indépendance ?

(ProfesseurForex.com) – Rétrospective de l’action de la BCE depuis le coup de Londres

Des paroles, des paroles…

La rhétorique de Mario Draghi semble s’être émoussée depuis le fameux coup de Londres, lorsque le président de la BCE avait annoncé « nous ferons ce qu’il faudra pour sauver l’Euro, et croyez moi, ça suffira »…

Par ces mots, le gouverneur avait semblé se défaire de l’influence de la Bundesbank qui commençait à faire les gros yeux suite au programme SMP (Securities Market Program) qui a acheté environ 212 milliards d’Euros de dette Italienne, Espagnole, Grecque, Portugaise et même Irlandaise.

LTRO jamais deux sans trois

Dans la foulée de ce fameux discours qui restera dans les annales, la BCE annonçait les LTRO 1 et 2, permettant de faire reculer les taux d’emprunt dans la Zone Euro. Plus efficacement en tout cas que le programme SMP qui a probablement manqué de visibilité et de transparence.

Un peu plus tard, la BCE a pu constater que l’effet commençait finalement également à s’estomper à mesure que les banques remboursaient ces généreuses liquidités par anticipation… En effet, les remboursements anticipés ont réduit l’excédent de liquidités à quelque 250 milliards d’euros, non loin du niveau de 200 milliards que la BCE assimile à un point pivot à partir duquel les marchés de taux commencent à remonter en direction de son taux directeur, actuellement fixé à 0,5% (contre 800 Mds au début du LTRO).

OMT Le jour où la BCE a perdu son indépendance ?

Sous la pression des marchés, Mario Draghi a donc lancé le programme OMT (outright monetary transactions), visant à “protéger une transmission appropriée de la politique monétaire” mais surtout, dans les faits, à accompagner les pays en difficulté dans leur quête d’un retour sur les marchés internationaux (ce qui nécessite une baisse des taux toujours trop douloureux à l’heure actuelle) en tapant là où ça fait mal, directement sur le marché secondaire de la dette de ces pays.

Mais la Bundesbank a cette fois voté contre. Cependant, au sein du conseil des gouverneurs de la BCE, chaque banque centrale membres du SME (système monétaire Européen) possède un droit de vote (autrement dit, le gouverneur Chypriote a autant de poids que le gouverneur Allemand). Mais c’était sans compter l’influence énorme de la Bundesbank qui a veillé à ce que de nombreux garde-fous soient mis en place.

Des garde-fous qui ont finalement sonné le glas de l’indépendance de la BCE car pour que la BCE puisse racheter de la dette des pays en difficulté (programme OMT), il faudra auparavant demander l’assistance de l’UE et accepter les réformes exigées en contrepartie. En d’autres termes, il faut un vote positif au sein du MES (Mécanisme Européen de stabilité) où l’Allemagne et la France ont un droit de veto… Pour ne pas avoir l’air de perdre son indépendance, Mario Draghi avait métaphorisé en déclarant que « pour arriver à des effets à moyen-terme, deux jambes sont nécessaires »… Un peu facile car:

Jusqu’à preuve du contraire, aucun pays, pas même l’Irlande, n’a reçu l’aide du programme OMT… et les taux ne sont pas encore redescendus au niveau espéré, loin de là.

L’Allemagne n’est pas prêteuse mais veut bien garder le loyer de l’argent bas si…

Rien de bien surprenant au fait que le programme OMT soit encore vierge puisque la Cour constitutionnelle Allemande s’est penchée sur ce programme OMT depuis de longs mois… et que son jugement n’est prévu que pour septembre (après les élections…). Et certains experts n’excluent pas que les juges de Karlsruhe en réfèrent à la Cour européenne de justice, seule habilitée à se prononcer sur les prérogatives de la BCE à l’échelon de la zone euro…

Le Bazooka de la BCE semble donc bien vide du côté de Francfort et c’est probablement par dépit que la BCE s’est alignée sur la politique monétaire de la FED en annonçant des forward guidances (« les taux resteront bas pour une période prolongée »…) On a vu plus entreprenant, notamment du côté de la BoE, qui a également annoncé des forward guidances peu de temps après la BCE. Mais à la différence près qu’il a été communiqué en même temps un taux de chômage cible à partir duquel le taux directeur pourra être rehaussé.

Mais l’effet semble cette fois inexistant pour les taux dans la Zone Euro… Aucun effet notable non plus pour la parité EUR/USD sur le forex. En effet, ces forward guidances arrivent un peu tard puisque l’économie semble renvoyer des signes de vie et que la croissance est revenue dès le deuxième trimestre…

Pire, la Bundesbank avance aujourd’hui que les forward guidances sont sujettes à la condition que des tensions inflationnistes à moyen terme ne se matérialisent pas.

Que reste-il dans la boîte à outils ?

Mario Draghi semble donc avoir très peu de marge de manœuvre et l’on voit mal ce qui pourrait réellement faire baisser les taux…

-Un nouveau LTRO ?

-L’annonce contre l’avis de la Bundesbank que le taux directeur restera bas quoi qu’il arrive ?

-Un taux de dépôt négatif ?

-Une baisse du taux directeur à 0.25 % ?

Les mots ne suffisent plus et si la croissance (faisons comme si elle allait effectivement revenir partout en Europe d’ici la fin de l’année) ne permet pas de faire reculer les taux comme souhaité, il va falloir se résigner à sortir le gros calibre. Une fois les élections Allemandes passées, cela sera peut être plus aisé…

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