Retour sur 5 ans de QE de la Fed: Les échecs relatifs des QE 1 & 2, et le QE3, qui devrait rester actif encore un long moment

(ProfesseurForex.com) – La semaine dernière, La Fed a surpris le marché en décidant de ne pas réduire son montant mensuel d’achats d’actifs (QE, Quantitative Easing), et en tenant un discours très « dovish » (favorable à une politique monétaire souple).

Et c’est une histoire qui dure… En effet, depuis 2008, la Fed pratique l’achat massif de bons du Trésor et de titres hypothécaires (MBS) à travers trois programmes QE qui se sont succédés. Sur ces trois plans, la Fed a au total acheté environ 3500 milliards de dollars d’actifs, qui alourdissent considérablement son bilan.

A ce stade, il convient donc de faire le point sur ces « QE », en revenant sur les différentes opérations qui nous ont amené où nous sommes aujourd’hui:

Mais tout d’abord, pourquoi avoir à ce point inondé le marché de dollars en premier lieu?

Il faut remettre le contexte en place : Début 2008, la banque Lehman Brothers fait faillite, tétanisant l’économie américaine et gelant les échanges interbancaires (les prêts entre institutions financières), les banques ayant peur de récupérer des « actifs toxiques ». La Fed est alors contrainte d’injecter de l’argent frais dans l’économie pour éviter une déroute totale.

Le premier round « QE1 » (2008-2010) : La Fed rachète des créances toxiques

Ben Bernanke, qui était déjà à la tête de la Fed à l’époque, approuve le plan Paulson de 700 milliards de dollars, visant en partie à racheter les organismes de refinancement Freddie Mac et Fannie Mae tandis que le reste de la manne inonde les marchés. La Fed a ainsi assuré une liquidité durable en achetant des créances toxiques, ce qui a permis de redresser aussi bien la valeur des actifs financiers que celle des biens immobiliers.

Les bourses sont alors sauvées, de même qu’un grand nombre de ménages, menacés par les faillites personnelles. Biensur, on exposait à l’époque des images de familles américaines expulsées, mais le scénario du pire avait tout de même été évité, puisque la Fed a revalorisé le patrimoine immobilier des américains, à la base de leurs finances en raison des divers mécanismes de prêts hypothécaires.

En effet, un effondrement du patrimoine des américains aurait été encore plus dangereux pour la croissance que l’effondrement du système du crédit. La consommation des ménages est en effet à la base de la croissance US, et une baisse drastique de la valeur des patrimoines aurait engendré une dépression longue de la consommation.

Le second round « QE2 » (2010-2011) : La Fed participe à l’autofinancement de la dette américaine

Le deuxième QE a débuté en novembre 2010. Le contexte est là aussi inquiétant, avec une crise économique et financière à peine enrayée malgré les efforts conjugués de la Fed et du Trésor. L’économie américaine affiche alors une croissance molle, et tout le monde commence à comprendre que les espoirs d’une reprise rapide sont vains.

Les investisseurs commencent alors à perdre confiance dans la capacité des Etats-Unis à se financer sur le marché. Les taux d’emprunt à long terme se mettent à grimper, et il n’est alors plus rare d’évoquer la possible faillite des USA.

Pour agir face à cette situation, la Fed décide de se détourner de l’immobilier, pour se mettre à acheter des bons du Trésor, permettant aux Etats-Unis d’autofinancer leur dette, ce qui calme les spéculateurs.

Quand la question de faire tourner la planche à billets se pose…

La Fed doit alors dans ce contexte répondre à la question : Où trouver l’argent pour financer ses propres prêts ?

L’expression « faire tourner la planche à billet » a souvent été utilisée pour illustrer l’action de la Fed, mais ce n’est pas exact, puisque la Fed n’a pas choisi d’user de la création monétaire. Depuis le début des QE, le volume de monnaie centrale est en effet resté quasiment stable, avec pour preuve l’inflation, qui n’a pas connu de grosse variation. Mais alors, comment expliquer les achats d’actifs de la Fed ?

En réalité, la Fed a capitalisé sur les intérêts procurés par les actifs sauvés au début de la crise, réinvestissant les amortissements des titres financiers immobiliers qu’elle détenait, au fur et à mesure qu’ils arrivaient à échéance, afin de garantir que le soutien financier qu’elle apporte à l’économie reste stable. De ce fait, 600 milliards de dollars ont été investis entre novembre 2011 et juin 2012, sans que l’inflation n’explose.

Par ailleurs, les sauvetages de Freddie Mac, Fannie Mae ou même l’assureur AIG n’ont pas été de mauvaises affaires. Ces sociétés remboursent chaque mois l’Etat, et avec des intérêts records. Pour AIG, le retour sur investissement a par exemple été chiffré à 23 milliards de dollars, après avoir mobilisé 182 milliards en 2008, ce qui représente un rendement tout à fait correct !

Le troisième round « QE3 » (depuis 2012) : La Fed passe à la vitesse supérieure

Comme c’était le cas pour le QE1, le QE2 n’a pas non plus été aussi bénéfique qu’espéré. En cause, les banques commerciales, qui ont rechigné à transmettre les liquidités à l’économie réelle, dans un contexte où la crise du crédit les obligeait en plus à constituer des réserves de garanties plus importantes.

En ce qui concerne les ménages et les entreprises, qui ont aussi été fortement touchés, l’ambiance n’est alors pas réellement à l’emprunt de toutes façons…

Par conséquent, la Fed persiste et signe, s’engageant dans un QE 3 dont l’ampleur n’a rien à voir avec les QE précédents.

La Fed décide alors d’acheter pour 85 milliards de dollars d’actifs par mois, avec toujours un même objectif : peser sur les taux et favoriser la reprise économique.

Ben Bernanke avait par ailleurs incité les banques à « investir » la monnaie émise par la Fed auprès de la Fed, en mettant en place une rémunération sur les réserves des banques commerciales détenues dans les livres de la Fed. Les banques ont ainsi augmenté leurs dépôts auprès de la Fed, fournissant à la Réserve Fédérale les munitions nécessaires pour poursuivre le QE sans que l’inflation n’augmente.

Face au QE3, les marchés progressent, mais l’économe réelle reste en souffrance

Wall Street a largement applaudit le QE3, (ce qui est notamment illustré par le franchissement du seuil historique des 1700 points par le S&P500 le 1er août 2013), mais cette amélioration des conditions financières n’a pas eu l’impact escompté sur l’économie réelle.

Le taux de chômage US a certes chuté à 7,3% au mois d’août, au plus bas depuis décembre 2008, mais c’est en grande partie en raison d’une baisse de la population active, avec des chômeurs découragés qui ne rentrent plus dans les statistiques… Le nombre de créations d’emplois a d’ailleurs confirmé cette reflexion, avec des chiffres qui sont restés décevants.

Autre exemple de l’impact quasi inexistant du QE sur l’économie réelle : La croissance du PIB américain, qui n’a progressé que de 1,7% au second trimestre, une progression qui semble bien faible au regard des injections de liquidité et des efforts divers déployés par la Fed…

Quel avenir pour le QE3 ?

Récemment encore, on croyait que le « début de la fin » du QE 3 avait été signé. Mais comme nous l’avons rappelé, la Fed a surpris, en ne le réduisant pas au mois de septembre. La question reste donc ouverte : Baisse dès le mois d’octobre ? En décembre comme l’anticipent certains analystes ? Ou carrément un report de la baisse du QE à 2014 ?

Quoi qu’il en soit, il faut rappeler que la Fed a souvent souligné que la première baisse de QE ne signera pas forcément la fin programmée de celui-ci. La Fed pourrait le réduire, puis le maintenir à son niveau réduit pendant plusieurs mois, avant de le réduire de nouveau, et d’attendre de voir les résultats, et ainsi de suite…

Le QE3 n’a donc pour l’instant pas finit de faire parler de lui, ce qui lui laisse donc une chance d’arriver à des résultats plus glorieux que ses prédécesseurs, les QE 1 & 2…

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