Doit-on faire baisser l’Euro pour retrouver le chemin de la croissance ?

(ProfesseurForex.com) – Michel Sapin , le ministre des finances Français tambourine depuis le remaniement ministériel que l’Euro est trop fort. Le ministre souhaite que les ministres des finances se réunissent sur la question afin d’imposer à la BCE une conduite à suivre dans le but de garder les taux de change dans un corridor acceptable. Rappelons que le conseil Européen est seul à pouvoir décider de la politique de change de l’Euro.

Mais le G20 a clairement fait comprendre que les banques centrales ne devaient pas intervenir sur le forex. Qu’à cela ne tienne, les banques centrales n’ont pas besoin d’intervenir directement sur le marché des changes pour manipuler leur monnaies. Nous avons un bel exemple avec le Japon… Sous couvert de ramener l’inflation dans les clous, la BCE pourra aussi assouplir sa politique monétaire de tel manière que l’Euro se dépréciera.

Essayons donc de comprendre quels sont les tenants et aboutissants du taux de change :

Une myriade de facteurs peuvent expliquer la cherté ou non d’une monnaie face à une homologue. Politique monétaire, flux de capitaux, balance commerciale, instabilité politique, restructuration de dette etc…

Dans l’ensemble, c’est surtout l’attractivité d’une monnaie pour les investissements étrangers qui prime. L’Euro est stable, c’est à dire qu’à moins d’une crise sans précédent, les chances de voir la volatilité de l’Euro exploser sont minces.

Les entreprises bénéficient de financements étrangers grâce à ces flux de capitaux mais le revers de la médaille est que la monnaie va mécaniquement s’apprécier. L’effet sur le croissance est donc mitigé. D’un côté des investissements bienvenus, de l’autre une perte de part de marché à l’exportation.

Pour apprécier précisément l’impact du taux de change, il faut analyser la constitution de l’économie concernée. C’est à dire, quelle est la contribution à la croissance de la balance commerciale (sans oublier d’extraire la part d’échanges commerciaux qui ne sont pas réalisés en Euros). Il faut aussi voir quel est la sensibilité des produits exportés aux changements de prix à l’exportation (variation du taux de change). Par exemple, un pays qui vend des produits qui peuvent facilement se trouver ailleurs verra ses exportations fondre en cas d’appréciation de sa monnaie. En revanche, en Allemagne, où les exportations sont surtout des produits de haute qualité et difficilement trouvables autre part, une hausse de l’Euro ne sera pas si grave, ce sera même bénéfique.

Concernant la France, les économistes estiment qu’une appréciation de 10 % de l’Euro coûte 0.5 % de croissance et vice vers ça.

La croissance en France est famélique (0.5 % y/y). Il faudrait une croissance de 1.5 % minimum pour espérer faire baisser le taux de chômage. Dans l’état actuel des choses, il faudrait que le taux de change de l’Euro recule de 20 %. EUR/USD devrait tomber à 1.10 contre 1.38 actuellement (Enfin, cela dépend de l’importance du commerce avec les USA comparé aux autres économies, mais dans l’idée, c’est le constat qu’il faut faire).

Tout cela part également du constat que les gains obtenus par les entreprises exportatrices compensent les pertes liées à au surenchérissement des importations. Et oui, on ne dévalue pas sa monnaie impunément… Etant donné le déficit de la balance courante Française (largement lié aux importations de pétrole si l’on fait les comptes), il est dur de notre point de vue d’imaginer que la France bénéficierait d’une baisse de l’Euro. Mais Bercy a apparemment fait les comptes, nous les croyons sur parole.

Cela se traduit au final par une inflation des prix. L’effort en faveur des entreprises exportatrices est payé par les entreprises sensibles aux prix d’importations ainsi que par l’ensemble des consommateurs.

Pour résumer, une dévaluation augmenterait probablement la croissance, abaisserait le pouvoir d’achat des consommateurs et des entreprises importatrices, stabiliserait le taux de chômage et profiterait aux entreprises exportatrices.

Michel Sapin est sûr de lui, la France bénéficiera d’une dévaluation. L’Italie est aussi du côté de la France sur ce sujet.

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