Japon : La BoJ n’emboîte pas le pas à la BCE et la PBOC, pour l’instant

(ProfesseurForex.com) – Statu quo ou assouplissement monétaire? La Banque du Japon (BoJ), confrontée à un choix cornélien face au risque de récession et à une inflation nulle, a choisi vendredi le statu quo, mais son gouverneur assure ne pas fixer de « limite » à sa politique.

Haruhiko Kuroda, qui avait surpris tout le monde il y a tout juste un an en augmentant son programme de rachat d’actifs, n’a donc pas sorti le grand jeu, malgré l’essoufflement de la stratégie de relance « abenomics ».

Si la banque centrale japonaise ne bouge pas pour l’instant, elle a cependant admis qu’elle ne parviendrait pas à atteindre dans les délais espérés son objectif d’inflation de 2%, « principalement du fait du déclin des prix du pétrole ».

Elle espérait jusqu’ici y parvenir entre avril et septembre 2016, mais il faudra désormais attendre six mois de plus.

Ses estimations de croissance ont également été abaissées (1,2% en 2015-16, au lieu de 1,7%), des changements que la Banque du Japon explique notamment par la morosité des exportations « dans un contexte de ralentissement des économies émergentes ».

Malgré ces révisions négatives, M. Kuroda a réitéré en conférence de presse ses propos optimistes, convaincu que l’action de la BoJ « exerçait les effets escomptés », tout en se disant prêt à « procéder à des ajustements si nécessaire ». « Je ne pense pas du tout qu’il y ait une limite à nos moyens d’action », a-t-il déclaré.

Statistiques mitigées

Les statistiques du mois de septembre, publiées jeudi et vendredi, ont brossé un tableau en demi-teinte de la troisième économie mondiale.

En septembre, la consommation des ménages, atone depuis un relèvement de TVA début avril 2014, a accusé une baisse surprise, et les prix ont de nouveau reculé (-0,1% sur un an).

Ils avaient diminué d’autant en août, pour la première fois depuis avril 2013 et la vaste offensive monétaire de la BoJ déterminée à vaincre la déflation, une spirale de baisse des prix et salaires.

En excluant l’alimentation et l’énergie, les prix ont cependant progressé de 0,9% en septembre, un indicateur que brandit régulièrement le gouverneur de la banque centrale pour vanter l’efficacité de sa politique.

Voilà qui a pu faire pencher la balance en direction du statu quo, selon des observateurs. Et les mêmes de mettre aussi en avant le rebond de la production industrielle le mois dernier et un chômage au plus bas.

M. Kuroda n’a ces derniers temps pas semblé très enclin à donner un coup de pouce supplémentaire à l’économie, d’autant que la politique monétaire ne peut pas tout, répète-t-il souvent, exhortant le gouvernement de Shinzo Abe à accélérer les réformes structurelles.

Rendez-vous mi-novembre

Le levier actionné par la BoJ a montré ses limites: la dépréciation du yen n’a pas eu l’effet escompté sur les exportations. Et si elle a dopé les bénéfices des grandes firmes exportatrices, les rétributions et investissements n’ont pas suivi.

« Les salaires augmentent mais pas autant qu’espéré au vu des résultats records d’entreprises, donc il y a encore de la marge », a estimé M. Kuroda dans un énième appel au monde des affaires.

La BoJ surveille aussi les mouvements de ses homologues: la banque centrale européenne (BCE) s’est récemment dite prête à agir davantage, sans « tabou », tandis que la Réserve fédérale américaine (Fed) tarde à resserrer sa politique monétaire.

C’est en jaugeant l’ensemble de ces éléments que les neuf membres du comité de politique monétaire ont décidé de reconduire le dispositif d’assouplissement qualitatif et quantitatif actuel qui, via des rachats d’actifs, vise à augmenter la base monétaire de 80.000 milliards de yens par an (près de 600 milliards d’euros).

En dépit des attentes, ce statu quo n’a guère ému à la Bourse de Tokyo, qui a fini dans le vert. Ce n’est que partie remise, commentaient certains analystes, pariant désormais sur un geste lors de la prochaine réunion mi-novembre, juste après la publication des chiffres du PIB du troisième trimestre.

« Les spéculations ne s’envolent pas », a résumé Mitsuo Shimizu, chez Japan Asia Securities. D’autres déploraient que M. Kuroda, qui avait habitué le marché à plus d’audace, se place sur la défensive, mais le gouverneur a réfuté toute perte de crédibilité.

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