Prévisions 2016 pour la BCE et la Fed : La divergence de politiques va-t-elle vraiment s’accroître en 2016 ?

(ProfesseurForex.com) – L’année 2015 a été le théâtre de plusieurs rebondissements dans les attentes et perspectives des politiques monétaires de la Fed et de la BCE. Cependant, les deux banques centrales ont fini par passer à l’action en cette toute fin d’année, renforçant ainsi davantage la divergence de politiques mises place.

Ainsi, cette nouvelle année 2016 va-telle connaitre un scénario plus prévisible qu’en 2015, avec une continuation de la divergence monétaire comme attendu, où de nouveaux rebondissements sont-ils à prévoir ?

État des lieux en cette fin d’année 2015

  • Zone Euro : L’inflation reste trop faible

La faible inflation a trop freiné la croissance de la zone euro depuis un certain temps maintenant. L’inflation est restée en dessous de la cible de la BCE de 2% depuis 2013. Le Président de la BCE Mario Draghi a également admis que la faible inflation persistante reflète un ralentissement économique non négligeable. L’inflation core en déclin a appelé à des mesures d’assouplissement et Draghi est déterminé à faire remonter les chiffres de l’inflation vers la cible fixée dès que possible.

La dernière estimation flash d’Eurostat a rapporté que l’IPCH en Novembre est resté en dessous du consensus des attentes pour une augmentation de 0,2% en glissement annuel des prix à la consommation. Le chiffre de l’inflation pour Novembre se situait en effet à 0,1% alors que les prix bas du pétrole ont continué d’exercer une pression à la baisse sur l’inflation. L’inflation core a chuté à 0,9% en glissement annuel de 1,1% en Octobre. Les prix des services ont augmenté de seulement 1,1% d’année en année, inférieure à la hausse de 1,3% observée en Octobre. Le fort taux de change pondéré par les échanges a construit une pression supplémentaire, ce qui retient l’inflation.

EMU CPI

A partir de là, la prévision d’inflation actuelle de 1,7% pour 2017 est non-réalisable. En l’absence d’une politique monétaire souple, il est possible que l’inflation en 2017 reste à 1,3%. Dans ce cas, la zone euro va courir le risque d’entrer dans une situation semblable à celle que vit actuellement le Japon.

  • Etats-Unis : Amélioration des chiffres de l’inflation et surtout de l’emploi

L’indice des prix à la consommation pour Novembre a montré une hausse de l’inflation à 0,5% de 0,2% enregistrée précédemment. Les données ont ainsi mis en évidence une amélioration de l’environnement des prix. Le taux de chômage a chuté à un plus bas depuis sept ans, et a reculé pour le deuxième mois de suite en Novembre. Il est actuellement de 5%. Ce chiffre montre un marché du travail robuste et que l’économie progresse peu à peu vers le plein emploi. La croissance des salaires s’est aussi bien portée. Sur l’année, les gains horaires moyens ont augmenté de 2,3%.

US CPI

Les récentes actions des banques centrales

  • La BCE : Baisse du taux de dépôt et prolongement du QE (Dovish)

La BCE a décidé le 3 Décembre de réduire le taux de dépôt de 10 points de base, qui est maintenant à -0.30%. La dernière décision de baisse des taux met en évidence l’intention de la banque centrale d’affaiblir davantage le taux de change de l’Euro et ainsi soutenir la croissance économique grâce aux exportations.

Les faibles prix du pétrole ont été blâmés pour les malheurs de l’inflation dans l’Union, il faut cependant noter que l’IPC core hors prix de l’énergie est également à la moitié de la cible d’inflation, ce qui indique que le scénario ne sera pas meilleur même lorsque les prix du pétrole augmenteront réellement.

La BCE a également étendu son programme d’assouplissement quantitatif (QE) à Mars 2017. La banque centrale a non seulement décidé d’inclure la dette régionale et locale libellée en euros dans son programme d’assouplissement quantitatif, mais a dit qu’elle va réinvestir les paiements du capital sur les titres achetés pour soutenir les conditions de liquidité. Draghi, en dépit des prix agressifs dans la zone euro avant la réunion du 3 Décembre, n’a pas élargi le régime QE. Il a noté que « notre programme d’achat d’actifs est flexible. Il peut toujours être ajusté. Nous avons décidé que l’extension de notre horizon et surtout le réinvestissement du principal seraient suffisants ».

  • La Fed : Première hausse des taux depuis une décennie (Hawkish)

La Fed a annoncé le 16 Décembre sa décision de relever les taux d’intérêt pour la première fois en une décennie, avec quoi la Fed a terminé son long régime à taux zéro.

La Fed a décidé d’augmenter la fourchette cible des fonds fédéraux par + 25 pb à 0,25%-0,5%, en ligne avec les attentes du marché. La décision a été prise compte tenu de la reprise économique notable que les États-Unis a observé ces derniers temps. La Présidente de la Fed Janet Yellen a noté que « avec l’économie qui fonctionne bien et qui devrait continuer à le faire, le Comité juge qu’une modeste augmentation du taux des fonds fédéraux est appropriée. »

Fed interest rates

Les perspectives économiques pour l’exercice à venir

  • Zone Euro : Les perspectives restent orientées à la baisse

Les risques pour l’économie mondiale et sur les perspectives d’inflation restent orientées à la baisse. Le PIB devrait croître de 1,5% en 2015 et 1,6% à 1,7% en 2017. L’activité économique va probablement continuer à être soutenue par la détente monétaire, l’orientation budgétaire neutre et la baisse des prix pétroliers. Cependant, l’endettement privé élevé restera un frein à la consommation et l’investissement dans de nombreux pays de la zone euro.

EMU GDP

La BCE prévoit que l’inflation arrive à 1% en 2016. La prévision d’inflation a été estimée à 1,6% pour 2017 contre 1,7% plus tôt. La banque centrale estime que les bas prix du pétrole vont soutenir le revenu disponible des ménages soutenant ainsi la consommation privée.

Le marché du travail ne devrait s’élargir que modérément au cours du prochain exercice, entravé par l’impact du chômage qui reste élevé dans certains pays et les données démographiques défavorables dans d’autres. Le taux de chômage a été à 11,1% au deuxième trimestre de 2015 et devrait tomber à 10,1% en 2017. Dans la zone euro, l’emploi devrait croître de 0,9% à fin 2015 et remonter à 1% en 2017.

Touchée par l’expansion inférieure du crédit, la croissance de l’emploi et l’investissement en capital plus lente, la croissance économique globale continuera probablement de rester lente en 2016.

  • Etats-Unis : Les perspectives restent solides

La Fed s’attend à une reprise à un rythme soutenu en 2016. Les prévisions médianes pour la croissance, l’emploi et l’inflation ont été laissées en grande partie inchangées lors de la réunion de Décembre. Le taux de chômage devrait baisser à 4,7% en 2016 tandis que la croissance économique devrait augmenter de 2,4%. Le FOMC prévoit l’expansion de l’activité économique à un rythme modéré ainsi que le renforcement du marché du travail avec des ajustements graduels dans la politique monétaire.

Les perspectives de politique monétaire pour l’année à venir

  • La BCE : Plus d’assouplissement si nécessaire mais pas que

En l’absence de mesures de relance supplémentaires, les défis auxquels la zone euro est actuellement confrontée vont profondément s’enraciner. La BCE a ainsi promis de faire tout son possible pour tirer l’inflation à la hausse « aussi rapidement que possible ».

Le chef de la BCE, Mario Draghi, dans un effort pour assurer aux marchés que la banque centrale ferait tout ce qu’il faut pour faire monter les pressions sur les prix dans la zone euro, a déclaré le 14 Décembre qu’il n’y avait pas de limite aux outils qu’il peut utiliser pour augmenter l’inflation vers la cible. Il a rassuré que la cible d’inflation sera atteinte « sans retard excessif ». « Après le calcul de nos outils effectué par le Conseil au début du mois, nous prévoyons que l’inflation pourra atteindre notre objectif sans retard injustifié », a déclaré M. Draghi. Il a également dit que l’utilisation d’instruments peut aussi être encore intensifiée pour atteindre la stabilité des prix dans la zone. Avec une inflation planant juste au-dessus de zéro, la BCE est consciente que de nouveaux retards dans la réalisation de son objectif d’inflation juste en dessous de 2% pourraient endommager sa crédibilité.

Draghi est aussi conscient que les taux d’intérêt plus bas peuvent assurer la stabilité des prix, mais ne peuvent pas garantir une prospérité durable. Il a donc insisté sur la nécessité du « redressement structurel » pour lever le potentiel de croissance dans la zone euro et a appelé pour l’augmentation de l’investissement. Il note que la faible dynamique de la demande, le surendettement privé encore élevé et la fragile confiance du secteur privé ont pesé sur l’investissement. Il a également exhorté les pays à faciliter un épurement des prêts toxiques pour faciliter la reprise du crédit et des prêts.

Interest rates ECB

C’est si et seulement si les politiques fiscales pertinentes vont de pair avec la politique monétaire expansionniste du bloc que la zone euro va avoir le coup de pouce nécessaire pour surmonter la désinflation et grandir. Un recours uniquement à la politique monétaire ne sera pas en mesure d’aider à la reprise. Au contraire, elle va semer les graines de la prochaine crise financière.

  • La Fed : Quatre hausses de taux selon le FOMC mais les marchés n’y croient pas

Le FOMC a dit qu’il va augmenter les taux de 25 points de base à quatre reprises en 2016. Quatre autres hausses de taux peuvent être attendues en 2017. Une hausse «graduelle», donc pour le moment se tient sur quatre hausses de taux en 2016 et quatre en 2017. La question est de savoir si les perspectives seront assez fortes pour justifier quatre hausses en 2016.

En effet, la Fed a assuré que les hausses de taux ultérieures seront progressives mais également dépendantes des données. Cela implique que la Fed va surveiller le taux d’inflation, qui a bien augmenté avec le temps mais qui continue à rester bien en dessous de la cible d’inflation de 2%.

Le FOMC prévoit que les conditions économiques évoluent d’une manière qui justifierait une augmentation graduelle des taux. Mais la Fed a également déclaré qu’elle va procéder avec prudence si les données des prochains mois suggèrent que l’inflation ne se développe pas comme prévu.

Cependant, les marchés estiment qu’il n’y aura que 2 hausses dans la prochaine année. En effet, l’ensemble des défis qui peuvent continuer à peser sur la croissance ne peuvent pas être complètement écartés.

Une perspective économique mondiale pas si positive est l’un des principaux facteurs qui pourraient influencer les décideurs politiques en 2016. D’un autre coté, le Dollar fort fait mal aux exportateurs américains impactant négativement le commerce. En outre, si la chute des prix du pétrole ne se renverse pas, elle va continuer à maintenir les prix sous pression. L’inflation de base va également souffrir dans le cas où le Dollar s’apprécie davantage. La croissance des salaires peut également être touchée par les travailleurs découragés et les travailleurs à temps partiel involontaires. La croissance des salaires pauvre retiendra ainsi les pressions salariales, conduisant à une inflation plus faible.

average hourly earnings

L’activité manufacturière a été touchée par la force du Dollar, le ralentissement de la demande étrangère et bien sûr la chute des prix du pétrole.vLa mauvaise performance du secteur de la fabrication semble donc aussi freiner la croissance et pourrait peser dans l’avenir proche.

Il semble donc que les risques baissiers pour évaluer les projections sont plus grands par rapport aux risques à la hausse. La Fed ne sera donc probablement pas en mesure de relever les taux quatre fois en 2016. La grande croyance dans le marché est que la Fed va relever ses taux à deux reprises l’année prochaine.

Ainsi, la divergence de politique monétaire entre la BCE et la Fed devrait rester un thème majeur en 2016, mais les choses vont certainement évoluer en intensité et en rythme au fur et à mesure que les données économiques sont publiées. La BCE pourrait ainsi être obligée d’agir de nouveau et la Fed revoir le nombre de hausses de taux si l’économie ne se relève pas rapidement. Le premier trimestre sera donc crucial pour la suite des événement de l’année.

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