Zone Euro : L’hélicoptère monnaie, quatorze fois plus efficace que le QE classique de la BCE ?

(ProfesseurForex.com) – Positive Money a publié aujourd’hui un rapport montrant que le QE (Quantitative Easing) de la banque centrale Européenne ne parviendra pas à délivrer le genre de reprise économique dont la Zone Euro a besoin. La BCE devrait plutôt créer de l’argent frais et l’injecter directement dans l’économie réelle au lieu d’inonder les marchés financiers. Nos estimations suggèrent qu’injecter de l’argent nouvellement créé directement dans l’économie réelle serait quatorze fois plus efficace que le QE de la BCE afin de booster l’économie.

Les points clefs du rapport :

-Le QE de la BCE n’a pas atteint ses objectifs premiers que sont une augmentations des dépenses, de l’inflation et de la croissance

-Et cela en raison du fait que la BCE espère que le secteur bancaire augmente son activité de crédit. Cela a peu de chances d’arriver car les banques sont affairées à consolider leurs bilans.

-Il existe plusieurs propositions via le « QE for People » ou, autrement dit, via le financement monétaire, pour rediriger directement l’argent vers l’économie réelle.

-Ces propositions de politique monétaire alternative devraient être bien plus efficaces que le QE pour booster la demande et la production

Le QE « classique » est un outil monétaire inefficace

Jusqu’à présent, les tentatives de la BCE pour stimuler les dépenses et la demande globale ont eu un succès limité. La BCE a alors décidé de suivre les traces de la BoJ, de la FED et de la BoE en lançant son propre QE. Entre Mars 2015 et Septembre 2016, la BCE aura injecté 1100 milliards d’Euros de nouvelle « monnaie centrale » dans le but d’acheter de la dette souveraine (et d’autres titres tels que la dette d’entreprise ou d’autres produits financiers adossés à divers actifs, ABS asset-backed securities) sur les marchés financiers. La BCE espère que ce canal de transmission débouchera sur une hausse des dépenses, de l’inflation et de la croissance économique. Mais ces canaux de transmission sont dérisoires et incertains.

Le QE de la BCE a pour but de booster les dépenses en incitant le système bancaire à augmenter son activité de crédit auprès des ménages et des entreprises. Le succès du QE dépend donc de l’appétit du secteur privé pour de nouvelles dettes. Mais le secteur bancaire n’est pas enclin à augmenter son volume de prêts. Le secteur bancaire est plutôt occupé à consolider son bilan.

L’activité de prêt des banques est aussi limitée par la demande : La faible croissance, la morosité du climat des affaires, les pauvres perspectives concernant l’activité économique et les niveaux de chômage élevés impliquent que le secteur privé reste concentré sur le remboursement de ses dettes existantes plutôt que d’envisager contracter de nouveaux prêts. Il est très peu probable qu’il y aura une augmentation substantielle du niveau d’endettement du secteur privé. Donc le QE sera très certainement inefficace pour générer de la croissance.

Si la Zone Euro a besoin d’un stimulus économique pour booster l’emploi, la production et la croissance, le QE n’est pas le bon outil à employer.

Il y a une alternative

La campagne QE for People plaide pour une approche alternative consistant en l’émission de nouvelle monnaie injectée directement dans l’économie réelle plutôt que dans le système financier.

La création monétaire offre plusieurs options afin de booster la demande dans l’économie réelle. Deux exemples :

1- La BCE pourrait transférer de l’argent nouvellement créé aux gouvernements de la Zone Euro. Ces gouvernements utiliseraient alors cet argent pour booster leurs dépenses. Ces dépenses additionnelles pourraient, par exemple, être focalisées sur des projets d’infrastructure « verts ».

2- Cet argent nouvelle créé pourrait être distribué directement à chaque citoyen de la Zone Euro. Cela augmenterait directement le pouvoir d’achat des ménages.

Ces deux propositions offrent des bénéfices significatifs par rapport au QE « classique » de la BCE. Elles permettraient :

-De booster la demande globale sans que les ménages et entreprises aient à contracter de nouvelles dettes. Cela compenserait la réduction des dépenses totales causée par le fait que le secteur privé soit actuellement focalisé sur la réduction de ses dettes existantes.

-D’augmenter les actifs nets détenus par le secteur privé. Ces dépenses additionnelles boostent les revenus du secteur privé tout en réduisant son ratio dette/revenus. Ces deux effets améliorent la stabilité financière.

Pour simplifier, le QE fonctionne en inondant les marchés financiers avec des centaines de milliards en espérant que des bénéfices ruisselleront jusqu’à l’économie réelle. A contrario, le financement monétaire est un outil qui offrirait un plus grand contrôle macroéconomique sur l’économie réelle. Il assure également que les bénéfices de la création monétaire des banques centrales soit distribué de manière optimale. De manière similaire, contrairement au QE, le financement monétaire de l’économie réelle évite le risque de créer des bulles financières déstabilisatrices et rend donc la reprise économique soutenable sur le long terme.

L’effet attendu

Le financement monétaire de l’économie réelle serait bien plus efficace que le QE pour booster la demande et la production. Pour la Zone Euro, l’analyse statistique des revenus et des habitudes de consommation suggère que 100 milliards de création monétaire injectés directement dans l’économie réelle (directement sur les comptes bancaires des citoyens de la Zone Euro) provoquerait une augmentation du PIB d’environ 232 milliards. Si l’on utilise les multiples du FMI, nos analyses empiriques suggèrent qu’utiliser le financement monétaire pour un projet d’investissement public de 100 milliards réduirait d’un million le nombre de chômeurs. Le financement monétaire directe serait entre 2.5 et 12 fois plus efficace que le QE « classique » pour stimuler la croissance du PIB.

Ces estimations ne sont pas des prédictions certaines mais il est clair que si la BCE souhaite booster l’emploi et atteindre son objectif d’inflation, elle devrait alors plutôt utiliser son pouvoir de création monétaire pour financer des dépenses publiques ou bien créditer directement les comptes bancaires des citoyens.

Le QE « classique » n’offrira aucun bénéfice aux citoyens de la Zone Euro. Nous avons besoin d’une approche alternative permettant d’injecter l’argent nouvellement créé directement dans l’économie réelle au lieu de laisser les marchés financiers le siphonner et gonfler les bulles financières.

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