Le trading de news : L’analyse fondamentale dans la pratique

1 : L’importance d’identifier les obsessions du marché et des traders

Quand on découvre le trading sur le forex, on se rend très vite compte de l’impact de l’actualité, des indicateurs économiques et des déclarations de politique économique et monétaire, ou encore des événements géopolitiques.

On en vient donc rapidement à se demander comment en profiter, si toutefois c’est possible… Cependant, pratiquer le « trading de news » peut se révéler très dangereux pour les non initiés. Cette stratégie de trading doit en effet répondre à plusieurs règles, et quelques conseils semblent nécessaires pour aider ceux qui voudraient s’y risquer !

Cet article ouvre donc une série d’articles constituant une véritable formation au trading de news, qui devrait vous être utile, que vous soyez débutant ou expérimenté.

Aujourd’hui, nous allons expliquer comment le marché suit parfois des modes, et est parfois sujet à des obsessions qu’il faut identifier pour savoir quelles news vont réellement impacter le cours des devises sur le forex.

Ceux qui ont écris que les marchés sont efficients et rationnels n’ont sans doute jamais passé une seule journée dans la peau d’un trader forex…

Les marchés sont le reflet de l’esprit humain (puisque contrôlés majoritairement par des esprits humains, même dans le cas des algorithmes de trading, puisque eux-même codés par des humains…), et les humains, comme chacun le sait, peuvent être (hautement) irrationnels.

Le marchés et les traders adoptent des « modes », des « obsessions du moment », et ainsi, à deux périodes différentes, une même information peut avoir des impacts radicalement différents sur le marché.

Et ces modes évoluent rapidement, si bien qu’il est parfois difficile de suivre le fil. D’ailleurs, pour quelqu’un qui pratique le trading de news, prendre des vacances pour une semaine peut avoir des conséquences néfastes (pour un temps) sur sa capacité à « sentir l’ambiance du marché » et à trader les news.

La principale chose à retenir est qu’il faut absolument identifier l’obsession du moment, le sujet à la mode, car une fois qu’un sujet est sous le feu des projecteurs des traders, les informations relatives à ce sujet vont impacter le marché bien plus que ce qu’il ne devraient en temps normal.

Cela veut dire que parfois les élections grecques peuvent être plus importantes que le PIB allemand, ou que les mises en chantier US peuvent être plus importantes que le rapport mensuel sur le chômage.

Et pour évaluer quel est le sujet du moment, il n’y a pas de secret, il faut rester constamment « connecté au marché », prendre connaissances des « headlines » pour différentes sources d’info, et identifier quels types d’infos se traduisent par des impacts significatifs sur le forex…

2 : L’importance du consensus dans l’analyse des indicateurs économiques

Nous poursuivons aujourd’hui notre série « les 8 secrets du trading de news sur le forex », avec pour sujet l’importance du consensus dans les résultats des indicateurs économiques.

En effet, quant on parle d’indicateurs économiques, le plus important n’est pas tellement la variation de l’indicateur, mais l’écart entre les chiffres publiés et les chiffres qui avaient été anticipés par les économistes.

Par exemple, les créations d’emplois US peuvent être au plus bas depuis 12 mois, ou même depuis plusieurs années, mais cela importe peu si ces contre performances sont prévues par les économistes.

Les cours du forex ne sont en effet pas seulement régis par le passé et le présent, mais aussi par l’avenir, qui reste l’élément le plus important. Si le taux de chômage britannique augmente de 7,9% à 8,1%, c’est une mauvaise nouvelle pour les travailleurs. Mais si le consensus avait anticipé un taux de chômage de 8,5%, cela devient une très bonne nouvelle si vous être un trader positionné à l’acht sur la Livre.

Les marchés et surtout le forex sont constamment en train d’évaluer les nouvelles informations pour sans cesse affiner leur vision du futur. Le marché a une idée précise des performances passées, une évaluation à peu près correcte de la situation présente, et des prévisions troubles pour le futur. Et le forex évolue au fil de l’éclaircissement de cette image trouble du futur, sans cesse en mouvement.

Comment les consensus sont-ils calculés ?

Les consensus résultent de sondages auprès d’économistes. Et on ne parle pas ici d’économistes enseignant à la fac du coin de la rue, mais d’économistes chevronnés directement connecté au marché de par leurs fonctions.

Les meilleurs sont très réactifs et ajustent leurs prévisions à chaque nouvelle donnée économique. Certains programment des modèles complexes pour réaliser des prévisions précises.

Dans le monde, il existe 200 groupes d’économistes répondant à cette description. Il sont appelés « économistes qualifiés » et leurs prévisions sont collectées par les agences Reuters et Bloomberg essentiellement.

Le but est de collecter autant de prévisions que possible sur chaque compartiment de l’économie, dans l’idée que les prévisions moyennes des économistes reflètent les attentes du marché. Si 45 prévisions sont collectées, les agences trient les données et définissent la médiane des prévisions, considérée ensuite comme le « consensus ».

Il faut cependant noter que lorsque l’on ne parle pas de données chiffrées, il devient bien plus difficile de déterminer le consensus, par exemple dans le cas d’élections, de politique fiscale des gouvernements, ou encore de deals commerciaux internationaux.

Au final, tout influence le forex, mais le plus important reste la croissance et l’inflation. Des deux, c’est la croissance qui est le plus important, parce que la croissance guide normalement l’inflation. Chaque nouvelle ou données économique prend place dans un gros tableau d’ensemble définissant la croissance et l’inflation, donc le plus important reste de savoir quelles sont les prévisions en terme de croissance et d’inflation.

3: Le consensus est important, mais ne fait pas loi, et n’est pas forcément représentatif des attentes…

Les traders forex pensent en effet généralement que les consensus établis par Bloomberg ou Reuters sont représentatifs des attentes réelles du marché. Cependant, ce n’est pas toujours le cas.

Comprenons tout d’abord le calcul des consensus

Il faut avant tout rappeler comment les consensus sont établis : Des agences de presse, essentiellement Reuters et Bloomberg, sondent les économistes en chef des grandes banques et des cabinets d’analyse au sujet de leurs prévisions.

Ils fournissent généralement leurs prévisions en se basant sur des modèles économiques, ou des méthodes d’analyse par régression, bien que dans certains cas les prévisions ne soit que des approximations sans grands fondements scientifiques.

Il faut aussi savoir que tous les indicateurs économiques ne sont pas égaux. Un indicateur économique important pourra être l’objet de plus de 50 estimations, tandis qu’un indicateur australien de second plan ne fera peut-être même pas l’objet de 10 prévisions.

Et quel que soit le nombre d’économistes faisant partie du panel du consensus, c’est la prévision médiane qui définit le consensus.

Le problème de l’écart entre la date de calcul du consensus et la date de publication de l’indicateur concerné

Un autre soucis de précision du consensus résulte du décalage temporel entre le calcul du consensus et la publication de l’indicateur concerné.

Beaucoup de prévisions d’économistes sont en effet collectées une semaine ou deux avant la publication de l’indicateur, et dans l’intervalle, de nombreuses données peuvent avoir influencé les prévisions, mais les économistes ne peuvent plsu mettre à jour leur prévisions une fois leur avis collecté.

Par exemple, dans la semaine précédent la publication des rapports NFP mensuels sur le chômage US, de nombreuses données importantes concernant l’emploi sont publiées : Le rapport ADP, la composante emploi des indices ISM, ou encore les inscriptions hebdomadaires au chômage.

Face à ces chiffres, les attentes du marché sont modifiées, mais le consensus lui ne l’est pas. Ainsi, dans la cas de notre exemple, si le consensus sur les NFP est optimiste mais que les statistiques de l’emploi de la semaine précédente sont mauvaises, les traders ne seront pas très surpris que les NFP ressortent sous le consensus.

Le problèmes des consensus sur les événements à issue binaire

Les consensus présentent un troisième écueil, qui concerne les événements où seules deux résultats différents sont possibles.

L’exemple le plus évident concerne les taux directeurs des banques centrales, où l’issue est généralement baisser (ou relever, en fonction du contexte économique actuel) le taux ou le laisser inchangé.

Or, les sondages d’économistes pour comprendre ce qui est attendu en matière de décisions de banques centrales sont semés de pièges. Par exemples, si 11 économistes sur 20 s’attendent à une baisse de taux, le consensus établit est « baisse de taux », de même que si 19 économistes s’y attendent.

Le consensus ne permet donc pas de juger avec précision de la probabilité d’un résultat conforme.

Une méthode plus précise pour évaluer les attentes réelle du marché consiste à s’intéresser aux swaps de taux overnight, considérés comme un indicateur en temps réel des attentes du marché en terme de taux directeur.

Conclusion

Les consensus sont importants, et doivent sans conteste être pris en compte lorsque l’on analyse un indicateur économique. Cependant, l’analyse ne doit pas se cantonner à la comparaison chiffres actuels – chiffres précédent – consensus.

Tout trader doit savoir s’informer pour avoir une vision du marché sans cesse au plus proche de la vision de la majorité des traders, afin de pouvoir prendre des décisions qui vont dans le sens du marché.

4 : Pourquoi est-il primordial de connaître le contexte économique de long terme en analyse fondamentale

L’importance de ne pas perdre de vue la « Big Picture », le contexte de long terme dans le cadre de l’analyse économique.

Dans un certain sens, les marchés sont uniquement constitués de chiffres – les données économiques, les cours du forex, les profits, les pis, etc… Et il est facile d’attacher des probabilités à chaque événement, et de perdre de vue le contexte de fond, qui génèrent les grandes tendances sur le forex.

Par exemple, le dollar australien a progressé grâce à une décennie de boom de l’industrie minière. L’économie japonaise a chuté pendant une décennie en raison d’une inflation proche de zéro. Et la reprise de l’économie américaine est basée sur la hausse des prix des maisons et sur la consommation, qui doivent normalement générer des emplois.

Si on comprend le véritable contexte de fond, cela devient bien plus facile d’insérer les news et les données économiques dans ce contexte, pour pouvoir les analyser au travers du prisme de ce même contexte.

Par exemple, un renforcement soudain de l’industrie manufacturière américaine offrirait un troisième pilier à l’économie US (avec la hausse des prix immobiliers et les dépenses en consommation) et rendrait les gains en terme d’emplois plus probables. Par contre, plusieurs indicateurs manufacturiers décevants seraient moins importants, puisqu’ils ne changeraient pas le contexte de fond établit.

Et parfois, ce contexte de fond peut avoir plus d’influence que les chiffres des indicateurs économiques. C’est toujours le cas avec les « bulles », où les traders se persuadent eux même, en se disant par exemple « l’immobilier est toujours un bon investissement », « L’or est la seule vraie réserve de valeur », ou encore « la Chine relèvera avec succès tous les défis ». Cela ne constitue que quelques exemples, mais il faut être conscient que le contexte de fond, ou le contexte de fond que perçoit le marché peu pondérer l’influence des indicateurs économiques.

Ainsi, par exemple, dans le cas de la Chine, de mauvaises statistiques pourraient voir leur impact limité si les investisseurs sont persuadés que le contexte de fond est « La Chine est économiquement très solide et parviendra à relever tous les défis ».

En ce qui concerne le dollar, on peut prendre pour exemple l’idée de l’indépendance énergétique US qui progresse, et qui pourrait devenir une idée importante soutenant le dollar sur le forex à long terme.

Quand une idée s’agrippe au marché, les données économiques n’ont plus la même importance. L’exemple parfait est la bulle internet des années 2000, avec des sociétés qui ne gagnaient pas d’argent, mais qui bénéficiaient de valorisations boursières astronomiques.

A ce propos, on peut noter une citation intéressante de Galbraith, qui dit que « le marché peut rester illogique plus longtemps que tu ne peux rester solvable »… Cela veut dire que certaines tendances ne peuvent pas être combattues par la logique, et dans ce cas, il faut se mettre de leur côté même si cela revient à faire fi de la logique économique!

5 : Savoir utiliser les seuils (presque) infranchissables que le forex dessine

Il existe parfois des seuils sur le forex qui ne peuvent pas être cassés (au moins momentanément), et qui restreignent l’action des prix.

Par exemple, la Banque Nationale Suisse a mis en place un plancher sur la paire EUR/CHF. Les officiels ont mis la limite à 1,2000 et ont promis de vendre le Franc Suisse de façon illimitée pour protéger ce plancher lorsqu’il est menacé. La crédibilité de cette promesse a souvent été remise en question, mais force est de constater qu’elle a été tenue…

De ce fait, quant on achète la paire EUR/CHF à 1,2020, le potentiel de baisse est limitée à 20 pips, mais le potentiel de hausse est illimité.

Parfois le trading de news sur le forex fonctionne de façon similaire. Les lignes claires telles que les 1,2000 de la BNS sont rares, mais souvent le marché se positionne face aux nouvelles économiques d’un façon telle qu’il est ensuite plus facile d’aller dans une direction que dans une autre.

Pour illustrer cette idée, on peut parler du cas d’un ISM manufacturier attendu à 51. L’indice peut ressortir au-dessus ou en dessous des attentes. Si on prend en compte une probabilité égale pour chacune de ces deux hypothèses, c’est un jeu de pile ou face. Mais c’est en réalité plus compliqué que cela…

Par exemple, USD/JPY peut avoir progressé pendant 5 jours consécutifs avant la publication, pourquoi pas sur fond de spéculations sur une hausse des taux de la Fed, s’approchant d’une résistance majeure.

Si l’ISM manufacturier que nous avons pris pour exemple ressort supérieur aux attentes, et donc favorable à la hausse de USD/JPY, le potentiel haussier est limité puisque déjà largement entamé par la progression de la paire durant les 5 jours précédant la publication.

A l’inverse, en cas d’un ISM manufacturier sous le consensus, cela peut engendrer une importante correction, d’autant plus que si nous reprenons notre exemple, la hausse de USD/JPY « sur fond de spéculations sur une hausse des taux de la Fed » d’avant l’ISM n’est plus justifiée, puisque la Fed peut changer d’avis sur les taux face à cet ISM décevant…

Trouver de tels occasions sur le forex n’est pas forcément chose aisée, mais une des voies pour y parvenir est d’anticiper différents scénarios, en imaginant différents résultats pour prévoir comment le marché va réagit et ainsi être prêt le moment venu.

6: Comment réagir face aux catastrophes naturelles et géopolitiques qui influencent le forex?

La peur est en effet l’émotion la plus facile contre laquelle trader.

Lorsqu’un événement totalement inattendu comme une catastrophe naturelle ou géopolitique survient, la première réaction des traders est toujours la même : Fermer les positions.

Les marchés réagissent à ce genre d’événements extraordinairement rapidement : La combinaison de l’incertitude, de la confusion et de la peur entraine des sorties de positions dans la panique. Les chaines d’info en continu captivent les investisseurs, et les traders perdent de vue le contexte réel. C’est un état mental délicat, et quand le marché commence à bouger, tout le monde veut en sortir.

L’avantage pour le trader bien informé est qu’il n’est pas forcément nécessaire de garder la tête froide pour bien réagir dans ce genre de situation, puisque l’issue est toujours la même : Résister à la panique reste la meilleure voie pour réaliser des profits sur le forex. A moins qu’il ne s’agisse de la troisième guerre mondiale, le marché rebondira immanquablement.

Les désastres naturel sont terrifiants, mais la nature humaine est incroyablement résiliente. Les Hommes reconstruisent mieux ce qui a été détruit, et l’impact économique est toujours inférieur à ce qui a été craint…